Nouveau concept à la mode ou tendance de fond ? jobs.lu se penche dans ce nouvel article sur la notion de « well-being » au travail et ses évolutions actuelles.

Le « bien-être » au travail : vous en rêvez ? Le « well-being » va (peut-être) y contribuer !

On a tous en tête ces images des bureaux de la Silicon Valley. Un baby-foot ici, une cantine variée et soignée là, un toboggan pour descendre d’un étage à l’autre quand ce n’est pas une salle de sieste à deux pas du bureau. Le « well-being » est passé par là. Autrement dit, le nouveau concept de bien-être au travail qui veut qu’un salarié heureux soit plus investi, et donc plus productif pour la société qui l’emploie. Entreprise qui n’oubliera pas d’offrir à son employé une « birthday party » à chacun de ses anniversaires ! «Mais ça, c’est la version licorne à paillettes du well-being », balaye Laurence Vahnée, spécialiste de la question.

A la tête du bureau de conseil en transformation managériale Happyformance, la belge est pourtant une fervente partisane de cette démarche de meilleure organisation du travail. «Mais celles et ceux qui pensent qu’installer des tableaux pop art et un billard au milieu d’une pièce suffit à rendre un travail agréable et durable se trompent ! », confie celle qui a tenu le rôle de Directrice générale du bonheur à la Sécurité Sociale en Belgique.

Aujourd’hui, ils seraient près de 200 en France à revendiquer le titre de chief happiness officer ou de feel-good manager. Combien au Luxembourg ? Aucun chiffre… Mais des processus sont engagés ici ou là. Chez ALD Automotive, à la BEI, chez Tarkett, par exemple.

 

D’abord y croire

A chaque entreprise sa motivation pour vouloir le bonheur de ses salariés. «Certains patrons sont lassés de voir leur effectif finir en burn-out ou les collaborateurs filer les uns après les autres. Certains responsables du personnel sont pressés par les syndicats. Et puis, il y a le top : les patrons et les équipes qui croient à l’électrochoc de la démarche et à ses impacts positifs dans le temps. C’est avec eux que le travail se fera le plus positivement», avance Laurence Vahnée. Car, pour que le well-being fonctionne, il faut d’abord… y croire. Une foi qui dépasse donc la simple ouverture d’une conciergerie pour cadres stressés de ne pouvoir passer au pressing avant l’heure de fermeture…

Bien sûr, le well-being passe par des propositions de services facilitant la vie des salariés, mais Laurence Vahnée ne saurait limiter un programme d’actions à ce seul axe. Un salarié bien dans son job doit d’abord bénéficier d’un environnement de travail « adapté à ses missions comme à ce qu’il est ». Ainsi, jouer sur une heure d’arrivée plus tardive pour qui souhaite accompagner son enfant à l’école peut constituer un 1er pas vers le well-being. Mais il y a, selon la spécialiste, six axes à ne (surtout) pas négliger :

1. Autonomie : plus l’organisation offre la lattitude d’agir à ses agents, plus elle leur concède une reconnaissance de leur talent individuel. Pouvoir agir, selon les consignes établies,  dans sa zone de responsabilité n’est épanouissant que si cela se fait sans demande d’autorisation systématique et pesante.

2. Connexion : le well-being est une « maladie contagieuse ». Elle a besoin de canaux de communication pour se diffuser. Aussi, ne faut-il pas négliger non seulement la bonne relation entre agents du même groupe, mais aussi la bonne connaissance de ce que fait sa hiérarchie.

3. Contribution : chacun doit avoir conscience qu’il apporte une part de la valeur ajoutée dans le travail commandé à l’entreprise. Sans cela, pas d’adhésion, ni responsabilisation et esprit démissionnaire garanti.

4. Résultat : le reporting systématique de l’ensemble des buts atteints n’est pas une fin en soi. Ce qui compte c’est d’évoquer les bons indicateurs avec le bon salarié.

5. Mission : Travailler c’est bien, savoir pourquoi c’est mieux. Le manager doit ainsi donner du sens à chaque mission. Du sens pour le salarié, un objectif pour l’organisation globale du travail.

6. Confiance en soi : difficile d’être heureux à son poste sans ce sentiment. Se prouver, au quotidien, que l’on est en mesure de remplir la mission confiée permet de conforter l’employé, et donc l’individu. De l’utilité de bien savoir qui fait quoi, et (mieux) qui peut faire quoi.

 Alors voilà les règles du well-being posées. Pas une formule magique, on le rappelle. D’ailleurs, le travail est-il fait pour rendre heureux ? Ce n’est certainement pas sa mission première, mais employeur comme employés ont tout à gagner à se montrer bienveillants. «Envisager un gain de 20% de la performance d’une équipe : voilà un objectif possible. Et comme ce qui est bon pour pour la boite peut l’être pour moi, autant venir travailler avec envie…»  On tente ?

 

Une corde au cou pas si well…

La plus « feel-good» des sociétés réussirait-elle à conserver ses salariés ? Pour Laurence Vahnée, la réponse est non. «Si un salarié exprime le souhait de partir, c’est que la partie est sans doute déjà perdue. Céder à des demandes pour le garder reviendrait à lui bâtir une prison dorée. La motivation ne serait plus dans la mission elle-même mais juste dans les avantages du poste. Un job ne vaut la peine de rester que s’il a du sens (et les euros, les gadgets et les week-ends entre collègues aux frais de l’entreprise n’y changent rien)». Faire du well-being la laisse pour retenir ses agents, la directrice d’Happyformance y croit d’autant moins que les nouveaux venus sur le marché du travail n’ont plus la même vision de ce que doit leur apporter un employeur ou du déroulé d’une carrière professionnelle.

«Les générations  Y et Z ont intégré que leur vie active ne pourra se faire dans une seule et même organisation. Et mentalement ils et elles sont prêts à papillonner d’un job à l’autre, d’un emploi vers un temps de vie plus personnel. Et une organisation du travail même bienveillante n’y changera rien. » Par contre, la société qui prendra soin de ses collaborateurs aura non seulement la satisfaction de les voir arriver avec le sourire, gagner en efficacité mais aussi, certainement, agir par cooptation pour faire entrer au sein de leur groupe les personnes qu’il leur semblerait positif d’intégrer. «Si ce sentiment d’appartenance et de loyauté aux missions et aux valeurs de l’entreprise est ainsi porté, c’est bingo !»

 

Communiqué de presse par jobs.lu


Publié le 12 décembre 2017