Le débat est intense. Il est d’autant plus relancé qu’après des percées en ce sens fin 2017, notamment au Japon, la devise s’est effondrée ces dernières semaines. Dans ces cas-là, on se retourne généralement pour avis vers les gourous, qui sont loin d'être tendres sur le sujet. Pour Soros, investisseur et spéculateur qu’on ne présente plus, bitcoin et salaires sont tous simplement incompatibles. Le bitcoin n'étant pas une monnaie car sans valeur stable, verser un salaire qui se déprécierait de 30% en 24 heures (comme en mai 2017) n’est absolument pas envisageable.

Lors de son intervention très remarquée lors du Forum Economique Mondial, Soros est allé jusqu’à associer la folie bitcoin à de la tulipomanie. La crise des Tulipes (1637) est considérée comme le premier krach boursier et se rappelle systématiquement à nous à chaque nouvelle crise (crise asiatique de 1997, bulle internet 2000, subprimes 1987…). Pour les plus réfractaires, le bitcoin n’est même pas une crypto-monnaie un mais un crypto-actif opaque qui sert surtout aux dictateurs à blanchir des fonds et aux autres à spéculer. Des salariés payés en bitcoins auraient donc bien plus de chances de se faire broyer par le système que de devenir milliardaires.

Les dernières semaines donnent plutôt raison à Soros : pour devenir milliardaire, janvier n’était vraiment pas le bon mois. Le bitcoin a connu une chute spectaculaire (-47% depuis le 8 janvier et -60% par rapport à son pic de décembre) après avoir connu un bon de 1400% en 2017. Ce n’était d’ailleurs pas la meilleure performance : le Ripple a connu lui une progression de… 36.000 % en 2018. Oui, Ripple... car il existe 1512 crypto-monnaies à l’heure où nous écrivons et il s’en crée chaque jour.

 

Expérimenter ou non, telle est la question

Les crypto-monnaies seront-elles un jour compatibles avec le paiement des salaires ? Le sujet divise et côté statut - c’est compliqué. Il faudrait réguler, ce qui pourrait faire perdre aux banquiers centraux leur contrôle : difficilement envisageable. Mais surtout, plus ces crypto-monnaies seront encadrées, plus elles seront acceptées dans les échanges par les professionnels et donc plus les spéculateurs s’en détourneront. Une situation paradoxale qui ajoute à la confusion, mais qui n’empêche pas l’évolution. Bitwage, la solution de rémunération en bitcoin, multiplie les monnaies compatibles. Bitstamp, Bitflyer ont choisi le Luxembourg et son cadre réglementaire aussi rigoureux que novateur pour se développer. Les régulateurs du monde entier se penchent sur la question

La course est lancée entre les believers - ceux qui pensent que le cash va disparaître au profit du bitcoin - et les détracteurs, qui prédisent une fin imminente et sanglante de la bulle, tels Georges Soros ou Warren Buffet. Entre ceux qui tentent l’expérience. Et c’est tout ce qui fait l’intérêt des crypto-monnaies : l’expérience. Comme Omer Faruk Kiroglu, premier footballeur de l’histoire à être payé - ou plus précisément recruté - en bitcoin. Comme précédemment, les salariés de Internet Archive aux Etats-Unis, ceux de GMO au Japon. Car il est clair que les fintech changent la donne, les crypto-monnaies en tête. Et dans l’ère numérique se former ou se mithridatiser passe avant tout par l’expérimentation.

Si nous déconseillons de verser un salaire en crypto-monnaie, nous conseillons l’expérimentation. Cela pourrait même être un sujet du prochain HR Lab. Vous savez : cette après-midi ou les équipes RH rivalisent d’ingéniosité pour expérimenter de nouvelles approches. Le payroll pourrait bien devenir un des domaines les plus pétillants des ressources humaines, ou selon la taille des bulles, un sujet explosif.


Publié le 05 février 2018