Avant sa présentation sur l'expérience employé à HR Factory ce 12 juin, Sophie Henrion, Responsable marketing Wallonie, France et Luxembourg pour Protime, revient pour HR One sur le concept d'entreprise libérée, ses avantages et inconvénients, mais aussi quelques bonnes pratiques.

Qu'entendez-vous par "entreprise libérée" ? Quels sont les principaux éléments de cette philosophie ?

La notion d’entreprise libérée est en fait assez récente car elle est apparue fin des années 80 et a été popularisée dans les années 2000. Ce concept désigne une organisation au sein de laquelle les collaborateurs sont considérés comme des adultes pleinement responsables. Dans son application la plus rigoureuse, l’entreprise libérée fonctionne avec des équipes autonomes et ne connait plus de hiérarchie. Pour qu’un tel système fonctionne, le principe de base est la confiance et la reconnaissance des collaborateurs ainsi qu’une liberté totale pour leur permettre d’exprimer leurs talents.

 

Comment expliquez-vous que de nombreuses entreprises optent désormais pour celle-ci ? Quels en sont ses bénéfices immédiats ?

Les avantages sont nombreux :

Amélioration de la productivité des travailleurs qui sont plus engagés car leurs efforts quotidiens trouvent un sens. 

La collaboration comme mode de travail : finies les individualités. Faire partie d’une entreprise libérée, c’est renoncer au chacun pour soi et opter pour le vivre/grandir ensemble. Chacun porte une part de responsabilité dans la réussite des projets et utilise ses forces pour y parvenir. L’idée est en fait d’aller chercher le meilleur chez chacun en fonction du savoir-faire mais aussi des passions.

Agilité de l’entreprise : il est beaucoup plus facile pour une entreprise libérée de s’adapter aux changements et d’évoluer étant donné qu’elle est épargnée d’un grand nombre de contraintes. Les collaborateurs sont eux-aussi agiles car ils deviennent touche-à-tout. Les barrières entre les départements s’effacent ou tombent complètement au profit d’une polyvalence des collaborateurs et de l’expression des compétences de chacun.

Source d’innovation permanente : libérer l’entreprise et ses collaborateurs, c’est faire place aux idées nouvelles. Laissez s’exprimer tout le monde et faire grandir les idées en projets concrets en discutant ensemble donne très souvent naissance à des succès inattendus.

Tous ces bénéfices contribuent au final à une meilleure performance de l’entreprise.

 

Quelles peuvent êtres les difficultés rencontrées ? Quelles en sont les raisons principales ?

Les success stories sont nombreuses et pourtant, bon nombre d’entreprises se heurtent à une réalité moins rose :

- Vision d’entreprise floue

- Syndrome de la réunionite aiguë

- Dispersion des efforts et manque de focus

- Nombreux projets entamés mais inachevés

- Difficultés à séparer vie privée/vie professionnelle

 

La raison principale pour moi est l’absence totale de management. Laisser l’entreprise fonctionner comme ce que certains assimilent à une autocratie peut mener à de nombreuses dérives. Comment garantir que tout le monde tombera toujours d’accord ? Car il s’agit bien de cela : sans personne pour trancher ou arbitrer les débats et les échanges d’idées, le risque est que les discussions tournent en débat politique. Ceux qui crient le plus fort obtiendront alors gain de cause ; laissant les autres frustrés.

 

Pouvez-vous partager avec nos lecteurs vos bonnes pratiques dans la mise en place de ce concept dans une entreprise ?

Protime ne prétend pas être une entreprise libérée car elle garde tout même une hiérarchie même si celle-ci est assez plate. Notre CEO, également fondateur de la société, est à la tête de l’entreprise. Il est entouré d’un comité de direction représentant les différents départements. Ensemble ils fixent la vision de Protime et les objectifs.

Il ne faut pas comprendre pour autant qu’ils prennent ces décisions depuis leur tour d’ivoire. Toutes ces décisions sont issues de consultations auprès des collaborateurs. Par exemple, nous venons de terminer un exercice sur la vision et la mission qui a permis à chacune des équipes de définir les leurs et de faire remonter le fruit de leur réflexion. Imaginez le nombre de visions et de missions proposées… Les directeurs ont alors structuré ce feedback afin de communiquer le résultat final de l’exercice à tous les Protimers.

Cette structure hiérarchique prend donc tout son sens lorsque l’entreprise donne la parole à ses plus de 200 collaborateurs et que ce ceux-ci apprécient de faire entendre leurs idées. Il est utile d’avoir un petit comité qui centralise l’information, tranche et communique les décisions. Mon expérience chez Protime me fait donc penser qu’il n’est pas nécessairement indispensable de libérer l’entreprise de sa hiérarchie lorsque celle-ci accorde de la liberté au collaborateur.

Enfin, comme je l’ai évoqué plus haut, le risque de la libéralisation de l’entreprise/des collaborateurs, c’est notamment le manque de suivi des projets ou la dispersion des efforts. Il est donc essentiel de canaliser la créativité et l’engagement des collaborateurs. Il n’est nullement question de les freiner mais de les aider à organiser leur travail.

En tant que Protimer, je ne me sens jamais perdue car notre quotidien est géré dans notre plateforme collaborative. Tout projet est créé sur cette dernière et est partagé avec ses membres. Ils peuvent ainsi communiquer, retrouver l’information et surtout suivre l’avancement. Cette plateforme permet enfin à chacun de travailler de n’importe où sans pour autant rendre des comptes en permanence à son manager. Celui-ci a en effet un aperçu en temps réels des projets qui occupent les membres de son équipe. S’équiper des bons outils est donc une clé du succès.


Publié le 14 mai 2018