Ce mardi 2 octobre, les experts RH du Grand-Duché de Luxembourg s'étaient donné rendez-vous pour le premier Petit-Déjeuner thématique du second semestre, intitulé "Les nouvelles stratégies candidats". Au programme : Leadership, Culture d'Entreprise, et l'évolution des attentes et demandes des nouvelles générations.

L'événement a débuté avec une intervention d'Arthur Meulman, General Manager de jobs.lu, pour la présentation des résultats d'une enquête menée sur le sujet de la mobilité des talents. "Pourquoi les talents veulent-ils travailler dans un pays étranger ? L'étude a collecté les réponses de plus de 366 000 professionnels, aux quatre coins du monde, avec une part quasi égale de femmes et d'hommes. Celle-ci s'intéresse aux motivations de ces professionnels, à leurs destinations favorites, et à ce qui importe véritablement dans leur travail," a débuté Arthur Meulman. Il a ensuite partagé la principale conclusion de l'enquête : les répondants sont moins enclins à travailler à l'étranger – ce chiffre était de 63,8% en 2014 contre 57,1% en 2018. Les motivations sont quant à elles différentes selon les segments : on note ainsi que les jeunes sont plus aventureux, les hommes ont plus tendance à bouger que les femmes (61% contre 53%), les experts digitaux sont prêts à aller travailler à l'étranger, alors que les personnes ayant un travail manuel préfèrent rester dans leurs pays. "Aussi, en 2018, les trois pays les plus attractifs sont les Etats-Unis, l'Allemagne et le Canada. Et bien que le Royaume-Uni ne soit que cinquième, Londres reste la ville la plus populaire, devant New York City et Berlin," a précisé le General Manager de jobs.lu. Il a par la suite présenté les caractéristiques les plus importantes selon les répondants : avoir de bonnes relations avec ses collègues, avoir un équilibre vie privée-professionnelle et encore de bonnes relations avec les supérieurs. Arthur Meulman s'est par la suite intéressé au Luxembourg : 82% des répondants sont aujourd'hui prêts à considérer un travail à l'étranger. Le profil type ? Jeune, éduqué et ayant de bonnes connaissances en digital. Ses préférences ? La Suisse, l'Allemagne ou les Etats-Unis. Au niveau global, le Luxembourg qui se trouvait à la 23ème place en terme d'attractivité en 2014 se retrouve désormais en 38ème position. Arthur Meulman a clôturé sa présentation en s'intéressant aux pays voisins. "La mobilité est un facteur clé du recrutement et si les candidats sont toujours prêts à s'expatrier, leurs raisons ont changé," a conclu le General Manager de jobs.lu. Dans les mois à venir, les équipes de jobs.lu partageront les résultats d'une enquête réalisée en collaboration avec Great Place to Work Luxembourg, avec pour focus les motivations spécifiques des professionnels évoluant au Grand-Duché.

Les organisateurs ont par la suite accueilli Hervé Padilla, le Directeur Général de Institut Français des Affaires, organisme de formation situé à Metz, en Lorraine. Lors de sa présentation, il s'est glissé dans la peau d'un jeune de 23 ans, fraîchement diplômé et à la recherche de son premier emploi, s'intéressant ainsi aux demandes et exigences des Millennials, ayant grandi avec Internet, les smartphones et les réseaux sociaux, toujours en quête de sens et d'instantanéité. "Si cette génération peut parfois irriter et surprendre, elle est le fruit de notre création, et a l'habitude de casser les codes", a précisé Hervé Padilla. En effet, cette génération cherche du sens, un projet motivant auquel il peut s'identifier, il a une nouvelle relation au travail et cherche un management différent. "Les jeunes diplômes souhaitent évoluer dans un cadre de travail agréable pour laisser leur potentiel s'exprimer, mais ils veulent également être impliqués dans les projets. Paradoxalement, cette génération veut se sentir libre tout en évoluant dans un cadre bien défini. Mais surtout, ils veulent que la société respecte ses engagements, ses dires, ses promesses faites lors des premiers entretiens," a-t-il expliqué. Afin de répondre aux besoins d'instantanéité de ses étudiants, Hervé Padilla utilise notamment les SMS pour entrer en contact. Il a ensuite partagé quelques conseils, une fois que les jeunes ont rejoint l'entreprise : s'assurer que tout va bien dans le nouveau poste, les accompagner, voire même leur demander de se réinventer. Pour Hervé Padilla, "les conditions de travail sont un point essentiel de la fidélisation. Aujourd'hui, les normes ont changé : peut-être n'est-il pas possible de retenir les talents. Peut-être aussi qu'il faut repenser le cycle de vie des postes…"

Ce sont par la suite Juliane Nitsche et Michel Moutier, respectivement Co-Founder et Partner au sein de MLC Advisory, qui se sont intéressés à la culture d'entreprise, qu'ils définissent comme "le nouvel Eldorado des candidats". Les experts ont débuté par définir leur mission : aider les entreprises à créer des conditions de travail extraordinaires, avec un focus sur le bien travailler, et pas uniquement sur le bien-être. "La culture d'entreprise, c'est la manière dont nous travaillons ensemble, peu importe notre identité personnelle, les mêmes principes s’appliquent parce qu’ils constituent la base du fonctionnement de l’entreprise," a par la suite souligné Juliane Nitsche, avant de poursuivre : "il s'agit de la combinaison des interactions institutionnelles (recrutement, onboarding, etc) et des interactions personnelles (management, leadership), qui doivent être cohérentes". Pour Michel Moutier, la culture d’entreprise crée un cercle vertueux dans lequel les employés deviennent ambassadeurs et attirent les bons candidats. Comme il l'a précisé, "pour les candidats, les facteurs décisifs sont leur rôle et une culture d’entreprise qui leur permettent une bonne utilisation de leurs compétences, une Work-Life-Balance, la stabilité d’emploi, une marque reconnue, et une augmentation des salaires". Les deux experts se sont par la suite intéressés au well-being, et à l'équilibre vie privée-professionnelle : les employés veulent aujourd'hui sentir que l'entreprise est investie dans leur bien-être. De plus, le fait d'avoir une culture d'entreprise forte permet d'attirer le top 20% des candidats. "Les 4 leviers pour faire vivre une culture d'entreprise sont le leadership, le support RH, les managers et les équipes," ont précisé Juliane Nitsche et Michel Moutier, avant de partager un projet concret de changement de culture, lors duquel il nécessaire de créer les conditions d'une nouvelle culture pour embarquer tout le monde et obtenir de chacun une performance maximale. Pour cela, Michel Moutier a notamment utilisé les approches de la Mindfulness at Work, avec une formation de 6 semaines débutant par le self-control et se terminant par les nouvelles approches pour approcher les difficultés et ainsi créer les conditions du changement.

De retour sur scène, Hervé Padilla a modéré une discussion sur les nouvelles stratégies candidats avec Fabrice Encelle (HR Account Manager, ING Luxembourg). Pour ce dernier, le marché de l'emploi au Luxembourg est dynamique, et très orienté candidats. Dès lors, il est nécessaire que les entreprises se démarquent pour attirer les meilleurs talents. "Il faut se rapprocher des techniques du marketing. ING a créé des communautés de talents potentiels, des réseaux d'alumnis, et les alimente au niveau du contenu avec des vidéos, etc," a souligné Fabrice Encelle, précisant qu'il faut aujourd'hui entretenir les relations avec les anciens candidats. Il a également insisté sur l'importance des nouvelles technologies et de leur impact sur les RH, avec notamment les chatbots se développant sur les sites "carrière". Les experts ont par la suite discuté de culture d'entreprise, faisant écho à la présentation de Juliane Nitsche et Michel Moutier, avec la nécessité de communiquer sur celle-ci avec des témoignages authentiques. "On remarque un vrai focus sur le contenu, qui permet de se démarquer et d'attirer les candidats, qui suivent les pages sur les réseaux sociaux et voient ainsi rapidement les offres d'emplois s'afficher sur leur feed. Le contenu, ainsi que l'offre, doivent sortir de l'ordinaire. Quant aux ambassadeurs, il faut identifier les collaborateurs qui ont cette capacité sociale à communiquer sur le bon vivre et le bon travailler au sein de la structure," a dit Fabrice Encelle. En guise de conclusion, les deux experts RH ont souligné l'importance de l'aspect humain : "le recrutement et la rétention ne sont possibles que grâce aux leaders et managers, bien qu'ils soient équipés d'outils technologiques. L'Humain reste fondamental et fait la vraie différence".

Enfin, ce petit-déjeuner s'est conclu avec la présentation de Rita Racz et Jessica Whytehorn, respectivement HR Manager et Learning & Development Manager au sein de Docler Holding, qui compte aujourd'hui plus de 300 employés dans son siège social au Luxembourg, et plus de 1000 dans le monde. "Au Luxembourg, la majorité des employés ont des profils IT : le recrutement de tels professionnels représente un challenge important pour toutes les sociétés, dans un contexte de guerre des talents," a expliqué la DRH, avant de partager certaines de ses bonnes pratiques. Elle a par la suite décrit les spécificités de ses équipes, notamment composées de recruteurs internes, véritables conseillers et traits d'unions entre RH et candidats, qui véhiculent sans arrêt leur attitude positive. La société est également prête à recruter dans le monde entier, et se doit donc d'être compétitive à un niveau international. Enfin, les RH de Docler Holding mettent plus l'accent sur le Luxembourg et ses avantages, notamment en terme de vie de famille, plutôt que sur la société elle-même : "Bien sûr, nous ne faisons aucun compromis sur les qualités et l'expertise des personnes que l'on recrute". Pour Jessica Whytehorn, rien n'est impossible pour Docler Holding et les employés sont poussés dans leurs retranchements afin de se dépasser en permanence. Le CEO est proche de ses employés, s'intéresse à eux et est accessible en cas de questions, interrogations ou feedbacks. Comme l'explique Rita Racz, "on ressent une véritable connexion émotionnelle chez Docler Holding". Cette culture d'entreprise et ces bonnes pratiques en matière de recrutement permettent à la société d'attirer de nombreux talents IT quand la plupart des sociétés rencontrent d'important challenges à trouver les profils adéquats. D'ailleurs, Docler Holding a, depuis plusieurs mois, lancé son service de recrutement, bien décidé à faire profiter le Luxembourg de son pool de candidats.

 

Le prochain Petit-Déjeuner HR One aura lieu le 26 octobre prochain, traitera de "Workforce Flexibility".

 

Alexandre Keilmann


Publié le 02 octobre 2018