Par Michel Moutier, Partner, MLC Advisory.

Evoquer la méditation fait souvent surgir des images de personnes retirées du monde, loin des affres du business. L’image d’un hippie les jambes croisées vous vient peut-être à l’esprit mais certainement pas celle d’un CFO.

Et pourtant, si la santé financière de vos investissements vous intéresse, vous devriez espérer que votre CFO ait une passion secrète pour cette pratique ancestrale.

 

Destructeur pour les organisations

Le Sunk Cost Bias ou Sunk Cost Effect est reconnu comme étant l’un des biais cognitifs les plus destructeurs pour les organisations aujourd’hui.

De manière simple, il se définit par une tendance à poursuivre un effort après qu’un investissement ait été effectué pour tenter de récupérer ou justifier des coûts irrécupérables même si l’investissement s’est avéré mal choisi.

Exemple, continuer à allouer des ressources à un produit devancé par la concurrence et investir alors que les coûts ont explosé, au lieu de se retirer.

 

Peur, angoisse, regret : les raisons du Sunk Cost Bias

Différentes études ont démontré que plus nous investissons dans quelque chose (financièrement, émotionnellement…), plus il est difficile d’abandonner cet investissement, et plus nous sommes enclins à faire preuve de sur-implication.

Dans la plupart des cas, les émotions négatives telles que la peur, l’anxiété, les regrets, voire la culpabilité ou l’inquiétude liées à des décisions passées, jouent un rôle de manière inconsciente dans le processus de prise de décision.

 

L’influence de la Méditation Mindfulness

Des chercheurs du département Organisational Behaviour de l’Insead et du Management Department de Wharton ont conduit une série d’études afin de savoir s’il y avait une relation de cause à effet entre la pratique de la Mindfulness et la capacité à résister au biais du sunk cost.

Pour ce faire, ils ont soumis une même situation de décision de type dilemme du sunk cost à deux groupes tests. Le premier a au préalable effectué une méditation de 15 minutes suivant les principes de la Mindfulness, alors que le second a traité la situation directement.

Les résultats se sont avérés très intéressants, puisque la proportion des participants ayant résisté au biais du « sunk cost » était significativement plus grande dans le groupe des « méditants » (53%) que dans l’autre groupe (29%).

 

La méditation enlève le côté émotionel des décisions financières

La Mindfulness permet d’accroître la résistance au biais du sunk cost car elle permet de réguler davantage les processus émotionnels et temporels qui sont à l’œuvre. Les scanners mettent en évidence le fait que l’état naturel du cerveau est de passer constamment d’une pensée à l’autre, mais également du passé au futur.

La pratique de la Mindfulness amène à cultiver cette prise de conscience du moment présent ce qui contribue notamment à calmer le rythme des pensées et permet également de diminuer les ressentis négatifs qui génèrent une distorsion de la pensée.

Moins sous l’emprise de leurs émotions, les pratiquants sont également davantage capables de lâcher prise et de voir la réalité telle qu’elle est et non telle qu’ils voudraient qu’elle soit ou pensent qu’elle est.

Une capacité vitale, s’il s’agit de prendre des décisions financières rationnelles !

 

La santé financière des entreprises « mindful »

On connaissait déjà les multiples bienfaits de la Mindfulness sur le bien-être et la performance cognitive des pratiquants, et il s’avère qu’ils s’étendent à la santé financière des entreprises ayant des employés « Mindful ».

Consciente ou non, chaque décision est influencée par nos émotions, nos peurs et regrets, nos anticipations et doutes.

Votre CFO n’en est pas exclu !

Et les décisions financières, dites rationnelles, ne font pas exception à la règle. Introduire la Mindfulness en entreprise peut également générer des bénéfices financiers beaucoup plus directement que prévu.


Publié le 29 août 2018