Rencontre avec Margaux Raab, Co-fondatrice & Exploratrice d'Identité chez neojobs, pour aborder l'apport de la gamification et des expériences ludiques dans le domaine des ressources humaines. Ces approches, dans un contexte de guerre des talents, permet ainsi aux entreprises de se différencier et de communiquer leurs valeurs.

Quelle est le constat derrière la création de neojobs ? A quels challenges votre concept répond-t-il ?

Ce projet est né au cours de nos études, à mon associé et à moi-même. Nous avions effectivement constaté une véritable dissonance entre les candidats et les entreprises : tous deux n'arrivaient pas à se comprendre. Plus précisément, les entreprises ont parfois du mal à montrer qu'elles ont de belles choses à offrir, et d'un autre côté, les candidats ne perçoivent pas la culture de l'entreprise et ses valeurs principales. On note ainsi un réel manque de communication. Nous avons donc décidé de créer neojobs pour permettre aux sociétés de mieux expliquer aux jeunes talents qui elles sont, en travaillant notamment leur marque employeur. Nous faisons en sorte qu'elles soient cohérentes avec le discours qu'elles diffusent. Enfin, neojobs permet aux candidats d'affiner leur choix d'entreprise, en en connaissant désormais les valeurs et la culture.

 

Comment les attentes des candidats ont-elles évolué ces dernières années ?

Depuis quelques années, la guerre des talents, comme annoncée par McKinsey, fait rage. Avant, recruter était synonyme de sélectionner. Aujourd'hui, cela revient à séduire. Les candidats ne veulent généralement plus évoluer toute leur vie dans une seule et unique société, même si le salaire y est attractif et si leur route y semble toute tracée. En effet, ils ne souhaitent plus évoluer dans un environnement qui ne leur correspond pas, avec un management qu'ils ne comprennent pas, ou imprégné d'une culture d'entreprise ne collant pas à leurs valeurs. Ils se donnent aujourd'hui le droit de dire "non", un véritable changement de paradigme.

Dès lors, la marque employeur est un enjeu fort pour les entreprises. Seulement, parvenir à choisir la bonne action, définir le bon budget et constater son impact sont des exercices difficiles. C'est pourquoi, nous avons également créé Niaouli, l'allié digital idéal pour mesurer, comprendre, analyser et piloter sa marque employeur. Grâce aux données de l'entreprise et nos indicateurs, cette plateforme permet de suivre et d'observer les impacts de leurs actions sur leur marque employeur. Avec Niaouli, ils deviendront les pilotes de leur marque employeur.

 

Quels sont les principaux enjeux RH auxquels la gamification peut-elle répondre ?

La gamification, c'est l'art de rendre ludique ce qui n'est pas réputé l'être. Il se trouve que nous avons tous une certaine notion de gamificiation dans notre porte-monnaie : les cartes de fidélité.

Dans le domaine des RH, on veut désormais faire vivre une expérience unique et différenciante dès les sessions de recrutement. Celle-ci doit être moins anxiogène et faire en sorte que le candidat ne joue pas un rôle durant son entretien. Bien souvent, les rencontres en face à face manquent de spontanéité et il est difficile de détecter un profil qui pourrait se survendre, ou, le cas contraire, ne pas réussir à exprimer toutes ses capacités. Ainsi, lorsque l'on ajoute des notions de jeu, le naturel des candidats revient au galop : ils ne peuvent plus jouer un rôle et sortent de leur zone de confort. A titre d'exemple, nous organisons souvent des "Escape Games" à des fins de recrutement : les 5 premières minutes, les candidats se cherchent, mais ils se mettent ensuite rapidement dans le bain. C'est aussi un moyen de briser la glace et de tester d'autres compétences telles que l'esprit d'équipe, le leadership, etc. Les candidats sont sondés une fois la session terminée. Ils se disent satisfaits, pensent avoir saisi la culture et les valeurs de l'entreprise, et expliquent que le jeu leur a permis de se dévoiler. Une candidate plutôt timide a été mise à l'épreuve, et, en se dépassant, a pu obtenir un poste dans le domaine commercial. Certains jeux permettent également de mettre en lumière plusieurs profils différents, et au final, plusieurs recrutements peuvent avoir lieu.

Ces techniques et méthodes de gamification participent aussi à diffuser une meilleure image de l'entreprise : elles emmènent dans un univers informel permettant à l'entreprise et aux talents de mieux de comprendre et ainsi d'apprendre à se connaitre. Au préalable, les candidats ne sont pas nécessairement au courant du format original qui les attend, cela dépend de la volonté de l'entreprise de les surprendre, ou pas. Le jeu est quant à lui défini, en collaboration étroite avec le recruteur, selon le poste et en fonction des qualités recherchées : gestion du stress, du temps, esprit d'équipe, etc.

 

Comment ces notions de jeu décuplent-elle l'expérience employés ?

La gamification permet également de booster la motivation des collaborateurs. Lorsqu'il s'agit de cooptation, de recommandations, ou autres, certaines entreprises mettent en place des notions de niveaux ou de points, permettant une compétition (amicale) entre les différents collaborateurs de la société. Ils peuvent également jouer un rôle d'ambassadeur, constituer tout un réseau, mettre en place des défis pour récupérer le plus grand nombre de CVs avec pour mission de convaincre des talents de rejoindre l'entreprise, etc.

Enfin, nous travaillons à la rétention des talents en faisant en sorte que ceux-ci se sentent bien au sein de l'entreprise. Des sessions de teambuilding leur permettent d'apprendre à se connaitre en dehors du cadre strictement professionnel et donc d'insuffler un esprit d'équipe. De nombreux jeux sont intéressants à explorer dans ce contexte. Par exemple, un exercice collaboratif permet de renforcer la cohésion de groupe.

 

Vous proposez également de sessions de "Gamestorming". Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept ?

La spécialité première de neojobs étant la gamification, nous avons décidé d'y greffer une méthode de brainstorming, résultant en une session de création en utilisant des jeux ou des techniques qui s'y apparentent : il s'agit du Gamestorming. Chaque jeu a un temps donné, et donc, un objectif à atteindre. Il s'agit en quelques sortes d'un brainstorming encadré, permettant une vraie production. Les participants restent bien entendu libres d'exprimer leurs idées, mais le but final est bien de ressortir de telles sessions avec des projets concrets.

 

Qu'en est-il de votre présence sur le marché luxembourgeois ? Comment jugez-vous le niveau de maturité des professionnels RH au Grand-Duché ?

Présents à Grenoble et à Paris, nous sommes en pleine installation au Grand-Duché. Si nous partageons actuellement un espace de travail avant d'emménager dans nos propres locaux, nous sommes d'ores-et-déjà opérationnels et pouvons aider les DRH dans la mise en place de solutions de gamification. A l'heure actuelle, nous avons déjà collaboré avec plusieurs entreprises locales, notamment avec Auchan Luxembourg.

Avant de nous installer au Luxembourg, nous avions échangé avec de nombreuses entreprises locales et avons senti une forte envie et demande pour des solutions telles que celles développées par neojobs. Elles ont notamment souligné la difficulté d'attirer des talents : les responsables RH luxembourgeois sont conscients de cet enjeu crucial, et savent qu'ils doivent continuer à travailler dans ce sens.

 

Interview par Alexandre Keilmann


Publié le 05 novembre 2018