D’un côté, des millions de décideurs aux commandes d’entreprises, dont une immense majorité est plus adepte du greenwashing que de l’engagement écologique total : des CEO, des facility managers, des acheteurs, mais aussi des DRH peinant à attirer ou recruter. De l’autre, des millions de talents prêts à passer des universités aux entreprises, mais plus n’importe lesquelles. 

Cette génération n’a peut-être que son talent et ses valeurs à disposition comme levier, mais elle est bien décidée à faire savoir que leurs compétences ne seront plus disponibles pour les entreprises ignorant le principal enjeu du 21ème siècle. Les signataires du Manifeste étudiant pour un réveil écologique annoncent "prendre [leur] avenir en main en décidant collectivement d’anticiper et d’inclure dans notre quotidien et [leurs] métiers une ambition sociale et environnementale, afin de changer de cap et ne pas finir dans l’impasse".

Des étudiants de 350 campus déjà engagés

L’initiative est partie d’une poignée d’élèves en France de HEC Paris, AgroParisTech, Centrale Supélec, Ecole Polytechnique et Ecole Normale. 350 campus et 24.216 étudiants leur ont emboité le pas et signé le manifeste pour un réveil écologique. Certes, cela ne représente que 1% des étudiants français pour le moment, mais ils n’étaient que 6.000 début octobre et le mouvement prend de l’ampleur. Le message principal : employeurs pollueurs réveillez-vous, car nous refuserons de postuler si vous contribuez au réchauffement climatique qui nous menace tous - ou si n’en faites pas assez pour inverser la tendance.

 

L’impact de l’initiative en question

Il faudra attendre un peu pour connaître l’impact de ce mouvement, pour plusieurs raisons. La première, c’est l’évolution à venir du nombre de signataires et la structuration du mouvement, qui n’a pour le moment pas encore de plan d’action concret. Par ailleurs, bien que de moins en moins de Millennials ont confiance dans les valeurs éthiques des entreprises (48% contre 65% en 2017) et de leurs dirigeants (47 contre 62%) selon la dernière Deloitte Millennial Survey, mais aussi souhaitent entreprendre ou être freelance, le salaire et les perspectives d’évolution demeurent leurs principales préoccupations. Surtout chez les hommes, moins regardants que les femmes sur le volet RSE. La troisième, c’est que cette génération n’est pas à un paradoxe près : certaines entreprises trônent à la fois dans le Top 10 des employeurs les plus attractifs selon LinkedIn et dans le top 20 des responsables du réchauffement climatique selon le Carbon Disclosure Project (CDP), un organisme à but non lucratif qui évalue chaque année les efforts en matière d’environnement réalisés par 3000 grandes entreprises à travers le monde. Réconcilier les listes d’employeurs attractifs et lauréats de différents labels et leur scoring environnemental pourrait laisser apparaître de nombreuses surprises à cet égard.

S’il faut saluer mais aussi bien sûr encourager, viraliser l’initiative le plus possible, il est trop tôt pour savoir si, à l’heure du choix et des tentations financières (c’est aussi l’âge où on commence à se construire financièrement voire rembourse son prêt étudiant), d’évolution ou de paillettes (ah ces GAFA et ces joaillers quand même cela donne envie) - le scan environnemental sera aussi affuté.

Quoiqu’il en soit, une partie du sort de la planète est entre leurs mains et celles des DRH. Ces derniers, déjà souvent leaders de la RSE en entreprise, doivent sans doute tripler leur engagement. L’ONU vient d’ailleurs d’annoncer que cela sera le tarif minimum pour limiter le réchauffement à 2°C d'ici la fin du siècle.  

 

Fabien Amoretti


Publié le 28 novembre 2018