Guerre des talents, recrutement, évolution et développement des entreprises… la gestion des ressources humaines comprend de nombreuses spécificités qu'un dirigeant doit pouvoir gérer en plus du business de son entreprise. Partager des bonnes pratiques est donc toujours bon.

C'est ce qu'ont fait les CEOs Marc Stevens (OneLife), Robert Glaesener (Talkwalker), Stéphane Gidenne (Ketterthill) et Hamid Kaddour, Directeur de Tech-IT PSF lors d'une table ronde modérée par Fabien Amoretti, fondateur de Farvest, à l'occasion du Recruiters' Day. (1/2)

La première question posée visait à présenter et décrire les spécificités de chaque secteur d'activité et entreprise représentés et la façon dont leurs directions adaptaient leur gestion des ressources humaines.

C'est Marc Stevens qui a ouvert ce premier tour de table. L'assurance-vie est un métier qui change vite et dont la grande tendance est à la globalisation. En partie à cause de cela, les différents partenaires et clients sont demandeurs de transparence ainsi que de qualité. Afin de répondre à ces demandes en utilisant les tendances technologiques, OneLife a décidé d'utiliser les points de forts déjà présents en interne sans faire des consultants ou experts externes, car il y a suffisamment d'expertise au sein de l'entreprise. La digitalisation et la technologie permettent de réduire la distance entre les marchés. Plutôt que d'envoyer des représentants en Amérique latine, où l'assureur-vie est très présent, les nouvelles méthodes de communication permettent de travailler en remote. Pour Marc Stevens, OneLife a su négocier ce virage en montrant rapidement aux employés comment ils allaient se servir des nouvelles technologies à disposition afin de les rassurer. De plus, l'entreprise se pose fréquemment la question des nouveaux skills et valeurs nécessaires, ce qui est pour son CEO un processus incontournable.

Ce fut ensuite au tour de Stéphane Gidenne de partager son expérience de gestion du personnel dans le secteur des analyses médicales. En plus des 35.000 résultats donnés par jour pour 25.000 analyses effectuées, les biologistes et laborantins ont le devoir d'expliquer ces résultats, de les développer et d'accompagner les patients et les pharmaciens. Beaucoup de processus techniques peuvent être automatisés, mais l'interprétation est toujours faite par des humains, qui sont ceux qui mettent les méthodes en place. Le secteur médical est le lieu de plusieurs spécificités : dans les laboratoires Ketterthill, il y a 85% de femmes, ce qui implique notamment beaucoup de temps partiels. Pour refléter cette réalité, deux membres du comité de direction sur six sont également des femmes. Le turnover du secteur de la santé est en proie à un turnover important et le sujet d'une réglementation stricte concernant les autorisations d'exercer, à la fois au niveau des entreprises et de leurs employés. Trouver des employés qualifiés est un challenge.

Pour Hamid Kaddour, la situation est différente. Tech-IT est née en 2007 de quatre personnes, pour en arriver à 60 salariés aujourd'hui. Il y a dix ans, monter une société informatique était un défi différent. Selon lui, c'est parce que la société était adaptée pour répondre à une certaine demande du marché en évolution qu'elle a eu du succès. Tech-IT dispose notamment de l'agrément de professionnel du secteur financier par la CSSF. Lui qui avait davantage l'habitude de se faire recruter que d'engager du personnel ne connaissait pas les RH et a dû apprendre. Il avoue volontiers que ce n'est pas un métier facile car il faut s'adapter en permanence. De plus, étant donné la vitesse de changement du marché, les collaborateurs ne comprennent pas toujours quand la direction définit une stratégie à long terme après une période de réflexion bien en amont. Il faut donc les convaincre ensuite que cette voie est la bonne et leur faire comprendre cette stratégie pour qu'ils adhèrent toujours au projet.

Du côté de Robert Glaesener, la croissance de Talkwalker depuis sa création en 2009 par 2 personnes – qu'il a rejointes en 2010 – est très soutenue puisque la société compte aujourd'hui 180 employés. Dans le secteur de l'e-reputation, le monitoring, ils sont une pure entreprise de software née d'une idée et de centaines de lignes de code. Dès le début, la part de l'informatique était très importante. Pour passer de 3 à 140 salariés en 7 ans, il a fallu être très attentif au recrutement des bonnes personnes et aux moyens de les garder aussi longtemps que possible. Beaucoup d'efforts sont fournis à cette fin, comme une bonne communication interne, un management raisonné et la possibilité de toujours travailler à un défi intéressant.

En deuxième point est venue la question des parts respectives de l'humain et de la technologie dans les différents secteurs, actuellement et pour les années à venir.

Stéphane Gidenne a commencé ce tour de table en disant que certaines choses n'ont pas changé en 30 ans, bien que d'autres process soient très automatisés. Rien ne fonctionne chez Ketterthill sans les biologistes. Certes, la technologie aide à aller plus vite et à avoir des résultats précis, mais ceux-ci doivent toujours être interprétés. Il a donc fixé la part de l'humain à 100%.

Marc Stevens a quant à lui précisé que certaines tâches avaient déjà été robotisées chez OneLife, comme les réponses et l'archivage à certains types d'emails fréquents. 2 robots permettent de faire gagner 40 jours de travail chaque année. Cependant, cette automatisation se faisant proces par process, il a préféré ne pas avancer de chiffres et s'est contenté de dire que toutes les tâches purement mécaniques seraient confiées à des machines.

Pour Tech-IT, Hamid Kaddour a embrayé en disant que dans leur secteur, il était impossible d'évoluer sans investir dans la technologie. Avec l'adhésion de tout leur personnel, ils se sont engagés dans un plan d'investissement sur trois ans, qui leur a permis d'attirer des talents, convaincus par ce projet. Ces choix en technologies sont donc ce qui permet d'attirer des nouveaux employés bien humains.

Enfin, Robert Glaesener a conclu sur la même note. Pour lui, on travaille avec les gens et pas contre. Il a fixé la part à 100% humain. Etre à trois pour guider toute l'entreprise, ce n'est pas possible. C'est pourquoi tous les managers sont impliqués et sont consultés souvent.

 

Crédit photo : Dominique Gaul


Publié le 12 février 2018