Ce jeudi 14 février 2019, plus de 60 DRH et experts du secteur s'étaient donné rendez-vous au Sobogusto pour assister au petit-déjeuner autour de la thématique "Wellbeing & Performance". Workplace design, intelligence émotionnelle ou encore leadership ont notamment été abordés par les speakers.

C'est Sophie Henrion (Digital Expert, Protime) qui a officiellement ouvert ce premier petit-déjeuner de l'année en soulignant l'importance du bien-être des collaborateurs mais aussi la nécessité de partager ses bonnes pratiques et expériences, afin d'en faire bénéficier les membres de l'écosystème RH du Grand-Duché.

 

L'impact de l'environnement de travail

"The LHoFT Workspace: How the workspace's design can influence performance?" était le nom de la presentation d'Emilie Allaert (Head of Operations and Projects, The LHoFT). Elle a débuté sa présentation en expliquant la mission de la LHoFT : amener l'innovation technologique dans les banques et autres milieux traditionnels. "Les FinTechs qui arrivent au Luxembourg doivent évoluer dans un environnement collaboratif afin de stimuler l'innovation et de favoriser son émulation. Pour cela, il faut créer de l'enthousiasme, donner de l'autonomie et de la flexibilité," a expliqué Emilie Allaert. La LHoFT a pris possession de ses nouveaux locaux il y a près d'un an : ils ont été pensés dans cette logique de collaboration et d'innovation, avec différents espaces, clos ou "open-space", tout en s'assurant de respecter les besoins de confidentialité imposés par la CSSF. "Tous les professionnels qui arrivent dans nos locaux doivent directement ressentir cet enthousiasme, les startups discutent et échangent sur des problématiques communes. Cet esprit renforce également la créativité et parfois même la compétitivité avec la présence d'un babyfoot et d'une table de ping-pong," précise la Head of Operations. Elle a également abordé la notion "comme chez soi", cruciale lorsque l'on passe plus de temps au travail que dans son appartement ou sa maison. Ce sentiment est renforcé par un salon, une bibliothèque, etc. Pour conclure, Emilie Allaert a expliqué que la performance est stimulée dans ce tels environnements chaleureux, en insistant une nouvelle fois sur la collaboration qui permet l'échange et la collaboration : "une énergie positive se diffuse, laissant les individus s'exprimer".

 

Développer son intelligence émotionnelle

Fanny Taburel (Founder, The Emotional Intelligence Academy) a par la suite pris la parole et s'est intéressée à l'Intelligence Emotionnelle et à sa fonction essentielle dans la gestion du changement. Elle a débuté son intervention en citant Dale Carnegie, "lorsque vous traitez avec des personnes, rappelez-vous que vous ne traitez pas avec des créatures de logique, mais avec des créatures d’émotions", et insistant ainsi sur l'importance de l'intelligence émotionnelle. Elle la décrit comme la capacité à percevoir l’émotion, à l’intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre les émotions et à les maitriser afin de favoriser l’épanouissement personnel. Fanny Taburel s'est par la suite intéressée aux trois parties du cerveau : le néocortex (le siège de la réflexion), le cerveau limbique (siège de l'affectivité) et le cerveau reptilien (siège de l'instinct de survie). Pour la fondatrice de The Emotional Intelligence Academy, "les émotions ont toute leur place au travail. Il est nécessaire d'en prendre conscience et de les maitriser. Pour cela, on développe la voie longue, qui débute avec l'information, une analyse passant par le thalamus, le néocortex, pour ensuite donner une réponse émotionnelle". On utilise pour cela un processus émotionnellement intelligent, composé du diagnostic (interprétation des indices émotionnels, scan corporal, identification des déclencheurs) et de la tactique (chronologie émotionnelle, anticipation des conséquences, sélection de l'émotion cible et stratégie de régulation). Fanny Taburel a clôturé son intervention avec une session de méditation guidée, afin de développer la conscience de soi, avant de conclure : "dans le cas d'un changement organisationnel qui va générer une situation d'inconnu et peut déclencher la peur, l'IE aide les équipes et permet d'atténuer le stress, de promouvoir la reconnaissance, d'augmenter l'agilité d'apprentissage, de récupérer de l'adversité mais aussi de prendre de meilleures décisions".

 

De Manager à Leader

Puis, Fabrice Croiseaux, le CEO d'InTech, s'est quant à lui intéressé au lien entre well-being et leadership et sur les bonnes pratiques visant à concilier bien-être et dépassement de soi. "Pourquoi est-il important d'être épanoui au travail ? Car il existe des liens concrets en bien-être et performance," a tout d'abord expliqué Fabrice Croiseaux, qui a ensuite précisé que chaque révolution technologique a permis d'améliorer les conditions de travail tout en créant de nouveaux produits et services. Cependant, les processus de management traditionnels ne seraient plus adaptés aux challenges d'aujourd'hui. Pour le CEO d'Intech, "nous sommes passés des mots clés 'efficacité','qualité', 'optimisation' et 'industrialisation', à 'créativité', 'agilité', 'rupture' et 'innovation''". Il a par la suite partagé quelques exemples, et notamment l'exercice de la fixité fonctionnelle, empêchant l'innovation, via un simple reflexe du cerveau. Pour l'expert, la vision et la définition de l'entreprise ont également évolué : aujourd'hui, le but d’une entreprise est la pérennité. La respiration de l’entreprise est l’argent. Il n’y a pas de performance sans bonheur. Pour être heureux, il faut avoir la liberté de s’auto-organiser. Pour laisser les collaborateurs s’auto-organiser, il faut leur faire confiance. Avant de partager des citions d'Albert Einstein et Caspar Berry sur l'importance de l'intuition et la prise de décisions, le CEO d'Intech a partagé avec les participants le secret de l'entreprise émotionnelle : "les managers doivent aujourd'hui faire confiance à leurs collaborateurs qui, libres de s’auto organiser, sont heureux donc performants et créent de la valeur, permettant ainsi à l’entreprise de perdurer."

Identifier les stresseurs et énergies positives

Ensuite, Henrique Canario a partagé avec les participants au petit-déjeuner les résultats de l’enquête "Énergie et Bien-être" réalisée en amont de l'événement, auprès des participants. Le Sales Manager de Bright Link Solutions, une spin-off de l'UCL créée suite à un doctorat sur la gestion du stress et de l'énergie au niveau de l'entreprise, s'est donc penché sur les sources d'énergies, sur les facteurs de stress, avec pour but de procurer une sensation de bien-être. Il a tout d'abord différencié bien-être et bien-travailler. Si le bien-être correspond selon lui au capital sympathie et à la formation notamment, le second terme permet au collaborateur d'avoir les outils adéquats pour être opérationnel tous les jours. Le modèle proposé par BrightLink compte 8 facteurs – et 23 sous facteurs – plaçant le collaborateur au centre de son approche. Selon l'étude, 57% des participants sont actuellement dans leur zone de confort, avec 43% en zone d'attention : des chiffres plus faibles que la moyenne, traduisant une méfiance certaine. "Le premier facteur de stress touche les finances et la logistique, suivi de la technologie et du transport. Cela s'explique par le fait qu'il y a désormais plus de familles recomposées, monoparentales, etc, puis par le fait qu'il n'existe aujourd'hui plus de frontière entre vies privée et professionnelle. Dès lors, comment sensibiliser à cette hyperconnexion ? Faut-il surveiller son temps de connexion ou bloquer des applications ? Quant aux moyens de transports, doit-on envisager le télétravail ?", explique le Sales Manager. Selon lui, il est aujourd'hui nécessaire de corriger les sources de stress mais aussi de communiquer sur ce qui donne de l'énergie.

 

Prévenir les RPS

Et si nous apportions tous ensemble une réponse plurielle et bienveillante aux Risques Psychosociaux ? Comment articuler préventions primaire, secondaire et tertiaire pour (re)placer l’humain au cœur de la relation de travail ? Voici les questions posées par Virginie Stevens et Chloé Baumann, respectivement Managing Partner et Psychologue du Travail au sein de Pétillances. Les expertes se sont tout d'abord arrêtées sur les données statistiques suivantes : les salariés qui travaillent sous pression ont 5x plus d’accidents du travail. Le coût du stress en Europe est de 20 milliards d’€ par an (absentéisme, présentéisme, perte de productivité, sécurité sociale, allocations handicap). 1€ investi dans la prévention des RPS génère jusqu’à 13,82€ de bénéfice net par an pour l’entreprise. "L'impact psycho social ne touche pas uniquement le cerveau, mais tout le corps. De plus, tous les éléments du corps sont interconnectés. Dès lors, nous pouvons agir sur 3 niveaux de prévention," a précise Virginie Stevens. Les expertes de Pétilliances ont ensuite défini ces trois niveaux, la prévention primaire (sans qu'il n'y ait de signes spécifiques), secondaire (on aperçoit les premiers signes) et tertiaires (qui correspond plus à du curatif, avec les accidents ayant parfois déjà eu lieu). Elles confient d'ailleurs être bien souvent sollicitées à partir de la troisième étape. Virginie Stevens et Chloé Baumann ont par la suite proposé un jeu ludique aux participants, afin de détecter ces différents types de prévention. Puis, avant de présenter leurs différentes solutions, les expertes de la société Pétillances ont mis en avant la méthode "Avatar", qui invite les collaborateurs à faire attention les uns aux autres, et permet ainsi d'identifier les besoins voire de détecter les signaux d'alarme.

Puis, pour clôturer ce premier petit-déjeuner de l'année, Sophie Henrion a invité les experts présents à participer à un "ecosystem brainstorming", autour de la question suivante : "comment mesurer en interne le bien-être et la performance ?" Les résultats de cette session seront communiqués dans les prochains jours, dans une infographie.

 

Alexandre Keilmann


Publié le 14 février 2019