Chaque année, le nombre de travailleurs rejoignant la capitale augmente, et avec lui les kilomètres d'embouteillages. HR One a rencontré Dominique Pirotte, responsable HR Shared Service Center de BGL BNP Paribas, afin d'en apprendre davantage sur les initiatives du groupe en termes de mobilité au Grand-Duché.

Dans quelle mesure la stratégie de mobilité est-elle un enjeu stratégique pour BNP Paribas au Grand-Duché aujourd’hui ?

Le bien-être et la santé des collaborateurs sont des enjeux majeurs de la stratégie RH du Groupe BNP Paribas à Luxembourg. Les problèmes de trafic actuels sont un facteur important de stress et de fatigue des employés. Il est par conséquent primordial, en tant qu’employeur, de tout mettre en œuvre pour faciliter cet aspect de la vie quotidienne des collaborateurs.

Ce faisant, l’entreprise gagne également en performance et contribue positivement à la protection de l’environnement.

La mise en place d’une stratégie de mobilité moderne et efficace est donc une évidence dans un groupe conscient de sa responsabilité sociale et environnementale comme l’est BNP Paribas.

 

Il s'agit donc d'une approche globale, multimodale et impactant toute la politique RH du groupe ?

Absolument. Une stratégie de mobilité se doit de prévoir l’accès à différents types de solutions qui bien souvent sont complémentaires. Elle nécessite non seulement une adaptation des outils technologiques mis à disposition mais également un changement de culture nécessitant un accompagnement RH intense.

 

En termes d'innovation dans ce domaine, quelles sont les grandes initiatives en cours au sein du groupe ?

J’en citerais quatre qui sont à des stades différents de développement.

La première consiste en la mise en place d’une navette de bus entre la gare et nos bâtiments au Kirchberg. Elle est réservée à nos collaborateurs et circule le matin et le soir. Le fait que cette navette soit directe réduit considérablement le temps de trajet des collaborateurs qui viennent travailler en train.

La seconde, qui sera opérationnelle très prochainement, prévoit la mise en place du concept de "Stop and Work". Ce concept permet aux collaborateurs venant de France et du sud du pays notamment de ne pas se déplacer jusqu’à Luxembourg-ville mais de s’arrêter dans des locaux situés à Bettembourg pour y travailler.

La troisième initiative concerne le télétravail à domicile. Elle est, pour le moment, toujours à l’état d’étude car les aspects légaux, règlementaires, sociaux et fiscaux à prendre en compte pour un établissement financier occupant de nombreux salariés frontaliers sont plus nombreux.

Enfin, la quatrième initiative, qui vient d’être lancée il y a quelques jours, est une plateforme de covoiturage. Elle permet aux collaborateurs du groupe BNP Paribas de poster leurs offres de covoiturage et de consulter celles des autres. Outre sa contribution à faciliter la mobilité, cette plateforme permet aussi de renforcer la convivialité entre collègues.

 

Avez-vous des premiers résultats à partager ?

Le succès de notre navette est tel que nous avons dû augmenter sa fréquence de passage. Nous en sommes actuellement à cinq trajets le matin et quatre le soir.

La phase de test de notre concept "Stop & Work" à Bettembourg s’est avérée très prometteuse. Les collaborateurs qui y ont participé se sont montrés fort enthousiastes et ont particulièrement apprécié la diminution substantielle de leur temps de trajet. Ils ont reconnu démarrer leur journée de travail en meilleure forme et ont été impressionnés par la rapidité  et la facilité avec lesquelles ils ont pu être opérationnels sur le site.

 

De nombreuses startups au Luxembourg et ailleurs proposent des services contribuant à redéfinir la mobilité. Le groupe BNP Paribas étant très axé sur les startups et la transformation digitale, de quelle façon accompagnez-vous le phénomène ?

Via son incubateur, le Lux Future Lab, BGL BNP Paribas offre effectivement un hébergement et un accompagnement à un nombre de plus en plus important de startups. Parmi celles-ci, je citerais la société Kussbus qui est la première à proposer, depuis le début de cette année, un service de bus porte à porte au Luxembourg pour les frontaliers et résidents luxembourgeois.

Les collaborateurs du groupe BNP Paribas à Luxembourg ont été invités à participer à la phase de test du service Kussbus et les échos en ont été très positifs.

 

Ces 18 derniers mois ont vu également beaucoup de changement chez les leasers et les concessionnaires, et le véhicule de fonction tel qu’on le pratique aujourd’hui bat des records de vente… Un paradoxe au vu des enjeux dont nous avons parlé plus haut ?

La situation peut effectivement paraître paradoxale si l’on ne prend pas en considération l’attachement particulier des travailleurs au Luxembourg à leur voiture de société. Les différentes mesures fiscales introduites en 2017 en matière de leasing ont certainement contribué à orienter les collaborateurs vers des voitures moins polluantes mais ne les ont pas encore incités à renoncer à la voiture.

Il ne faut pas non plus oublier que les solutions de mobilité alternatives telles qu’elles sont proposées aujourd’hui n’ont pas forcément comme finalité de supprimer l’utilisation de la voiture mais de réduire la longueur du trajet en voiture pour désengorger les autoroutes et les accès au centre-ville. Les initiatives de type "Stop & Work" et les P+R en sont une bonne illustration.

 

Il a souvent été question de projets innovants (autoroute de contournements pour poids lourds, télétravail, coordination en Grande Région…), quels grands projets attirent particulièrement votre attention ?

Je dirais qu’ils méritent tous notre attention et que toutes les nouvelles initiatives sont les bienvenues car pour être performante, une stratégie de mobilité se doit d’être multimodale. Comme déjà mentionné plus haut, le télétravail est une option que nous étudions de très près. C’est aussi l'une de celles dans l’implémentation desquelles, en tant qu’employeur, nous serons le plus impliqués

 

Des annonces gouvernementales sont attendues début juin. En tant qu’acteur clé, avez-vous des attentes particulières ?

Nous espérons qu’outre des projets d’infrastructures qui prennent beaucoup de temps, nous pourrons également compter sur des mesures concrètes d’aide et de support aux nouvelles initiatives que pourraient lancer les employeurs en vue de faciliter, à plus court terme, la mobilité de leurs collaborateurs.

 

Interview par Fabien Amoretti


Publié le 14 mai 2018