Le Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire a présenté les bons chiffres de 2017 et annoncé les projets du gouvernement pour répondre au défi de la digitalisation.

Selon lui, les chiffres sont très bons. "Si un Ministre du travail de n'importe quel pays européen présentait ces chiffres, tout le monde l'envierait. Le pays est dans une situation exceptionnelle". Il s'est évidemment empressé de nuancer ces propos, car cela ne signifie pas qu'il n'y a plus rien à accomplir ou que personne au Luxembourg ne cherche un emploi. En outre, certaines personnes trouvent à l'inverse que les chiffres sont surfaits, que le pays a trop de croissance et trop d'emploi. De son côté, le Ministre préfère y voir le signe d'une bonne santé économique, bien que cela ne soit pas suffisant et appelle évidemment d'autres actions.

Il a tenu à rappeler qu'il y a 425.000 emplois au Grand-Duché, un chiffre colossal par rapport au nombre de résidents. "Le Luxembourg est un pôle d'attraction. De nombreuses activités et personnes veulent y être présentes et s'y développer", a-t-il poursuivi. Chaque année, plus de 117.000 recrutements sont effectués, sans compter le travail intérimaire, qui atteint lui près de 30.000 recrutements en 2017. Le marché du travail est donc très dynamique et le chômage en baisse constante depuis plus de deux ans, atteignant désormais 5,8%. En comptant l'importance de la mobilité, soit un peu plus de 100.000 fins de contrats par an, plus de 15.000 nouveaux postes sont créés tous les ans au Luxembourg. Pour un si petit pays, ce chiffre est important. "La trajectoire est bonne", a indiqué le Ministre, "mais pose un certain nombre de problèmes et de défis pour le secteur des ressources humaines : où trouver les bons talents et les bons profils?"

 

"Revenir à un chômage de 4%"

Dans le cadre de son discours au Recruiters's Day, il a donc annoncé son travail pour répondre aux défis à venir et atteindre son objectif de ramener le taux de chômage à son niveau d'avant-crise – soit 4% – dans les trois ou quatre années à venir. En effet, ce taux représenterait selon Nicolas Schmit le plein emploi. La transformation déjà rapide du marché va encore s'accélérer, tirée par nouvelles technologies. Il a ensuite précisé sa pensée : "De plus en plus, les entreprises cherchent des profils ICT, ou à tout le moins des personnes qui maitrisent un minimum ces outils, même pour d'autres secteurs". Selon les calculs la Commission Européenne, 750.000 postes en ICT seront vacants en Europe en 2020. Un chiffre colossal, incitant à prendre en compte et à analyser l'impact de cette digitalisation sur les différents secteurs. Ce qui est certain, selon le Ministre, c'est que "certains sont plus atteints que d'autres, mais qu'aucun ne l'est pas du tout. C'est le grand défi pour le Luxembourg : rester en tête des pays qui adoptent et diffusent ces nouvelles technologies".

En effet, la compétitivité et la force économique du pays dépendent de comment ce virage technologique sera négocié. Nicolas Schmit n'est toutefois pas naïf et sait pertinemment que cela demandera des ajustements : "Il faut dire la vérité aux gens. Certains métiers doivent évoluer, d'autres vont disparaître. Il faut l'accepter et faire en sorte que ces emplois soient remplacés par d'autres, nouveaux, liés aux technologies émergentes." Le défi des RH – et du Ministre – est là, dans la préparation de ce virage. Le gouvernement est impliqué auprès des entreprises dans ce défi : chacune est libre de sa stratégie mais l'Etat ne va pas les laisser seules. Cela passe notamment par l'éducation et la formation : "maintenant, l'école, c'est toute la vie". Cette responsabilité d'investir dans l'humain est conjointe, partagée. Le membre du gouvernement a rassuré les travailleurs des ressources humaines face à lui sur ce point : l'investissement dans les compétences est encouragé et soutenu, les entreprises sont incitées à regarder et anticiper ce que cette transformation impliquera pour eux.

 

"Les robots les plus intelligents auront toujours besoin de l'humain"

Pour lui, l'important est de "casser la peur de la transformation, car les gens ne savent pas ce qui va arriver à leur emploi", avant de poursuivre, rassurant : "ce n'est pas aussi simple qu'un calcul 1 robot = 1 humain. Même les robots les plus intelligents auront toujours besoin de l'humain pour les programmer, puis les accompagner". Investir dans les personnes pour les former à cela sera donc toujours une bonne chose afin que le travail soit transformé et non supprimé. Nicolas Schmit a profité de la plateforme qui lui était offerte au Recruiters' Day pour annoncer officiellement le lancement du projet gouvernemental "Digital Skills Bridge" pour soutenir et encourager la formation, offrir de possibilités d'apprentissage, pour accompagner les RH dans leur réflexion et leur prise de décision "afin qu'il n'y ait pas des gagnants et des perdants, mais que tout le monde en profite. Pour ne pas subir, il faut façonner".

Enfin, le Ministre du Travail a précisé, dans ce cadre, que même les entreprises qui supprimeront des emplois – il y en aura – seront accompagnées, avant de conclure par un dernier chiffre : chaque mois, il y a au Luxembourg 7.000 emplois vacants. Le challenge est de trouver les bons profils et les bonnes compétences, et parfois, de les créer par la formation.

 

Florent Ducat

Crédits photos : Dominique Gaul


Publié le 09 février 2018