Depuis 2008, la productivité apparente du travail semble stagner au Luxembourg. Cependant, cette évolution résulte surtout d’une baisse de la productivité dans des branches d’activité pour lesquelles la mesure pose des problèmes conceptuels, telles que le secteur financier, les activités immobilières et les services publics. Pour l’ensemble des autres branches, la productivité se redresse, en ligne avec la tendance observée dans la zone euro.

D’après l'économiste américain Paul Krugman, "Productivity isn't everything, but, in the long run, it is almost everything". Les nouvelles séries des comptes nationaux, couvrant désormais la période 1995-2016, permettent un regard détaché sur le concept au Luxembourg, mesuré ici par la valeur ajoutée en volume par heure travaillée. L’intervalle couvert comprend des épisodes assez divergents: boom des années ’90 voire de la période pré-crise, crise financière et crise des dettes publiques en Europe, reprise depuis 2013. Ceci permet d'avoir une image complète sur l’évolution de cet agrégat pertinent sur longue période ainsi que sur les années les plus récentes. La comparaison se fait avec la zone euro dans son ensemble.

L’analyse qui suit porte une attention particulière aux branches où le calcul de la productivité ne se heurte pas à des difficultés conceptuelles et où sa trajectoire est exempte de fortes fluctuations ou de points ou de tendances erratiques. A cette fin, l’analyse considère à part le secteur financier, l’immobilier et le secteur public.

De 1995 à 2016, la productivité horaire de l’économie dans son ensemble a crû de 0.3% par an au Luxembourg, ce qui est environ 3 fois moins qu’en zone euro (+1%). Cette plus faible évolution de la productivité au Luxembourg se vérifie également avec les données qui éliminent les trois branches "problématiques" citées, mais l’évolution y est plus favorable (+0.6% par an de 1995 à 2016). En revanche, le niveau absolu de la productivité reste très élevé au Luxembourg, ce même en enlevant le secteur financier, qui a une productivité horaire environ 4.5 fois plus élevée que la moyenne de la zone euro (cf. graphique).

 

Reprise après la crise

Sur la période de crise, étalée sur les années 2008-2012, la productivité luxembourgeoise accuse une chute importante, que ce soit pour l’économie dans son ensemble (-1.8% par an) ou hormis les secteurs financier, immobilier et public (-1% par an). En zone euro en revanche, la productivité a globalement stagné sur cette pé- riode. En fait, la période de baisse y est plus courte, restreinte à 2007-2009 (-2% par an) et le rebond plus précoce.

Depuis 2012, la productivité augmente à nouveau au Luxembourg, à un rythme annuel d’environ 1.7% dans le total hors secteur financier, public et immobilier. Deux branches s’illustrent en particulier à savoir l’industrie manufacturière (2013 et 2014) ainsi que l’information et la communication (2015 et 2016). L’ensemble du commerce, du transport, de la restauration et de l’hébergement (2013) ainsi que les services aux entreprises (2014 et 2016) génè- rent également des contributions significatives et positives.

 

Publication mensuelle sur l'état de la conjoncture luxembourgeoise par la Statec


Publié le 29 novembre 2017