Par Lise Beroldy, CTG Luxembourg.

"S’ennuyer à mourir", "Tuer le temps", des expressions que vous avez certainement utilisées lorsque vous étiez adolescent et que vos parents souhaitaient vous emmener visiter un monument historique ou lors d’un voyage scolaire. Et maintenant que vous êtes dans la vie active et salarié, est-ce qu’il vous arrive de les employer régulièrement ? Si oui, il est peut-être sérieusement temps de vous demander si vous êtes atteint de "bore-out".

Le burn-out a eu son heure de gloire et même s’il faut continuer à être vigilant sur son cas, qu’en est-il de son cousin moins connu : le Bore-Out ? Phénomène de mode ou réelle pathologie, telle est la question… Ce sont Peter Werder et Philippe Rothlin qui, en 2007, ont posé un nom sur ce mal pour la première fois. Et s’il semblerait d’ailleurs que le Bore-Out soit bien plus présent que le burn-out, il est aujourd’hui paradoxalement beaucoup moins reconnu.

Comment savoir si vous êtes concernés ? Vous ne savez quoi faire de vos journées, vous vous sentez inutile, pensez que vous ne servez à rien, vous sentez délaissé et oublié comme une veille chaussette qui aurait perdu son binôme ? Si ces sentiments durent depuis quelque temps il se peut que vous soyez victime du Bore-Out. Les symptômes sont finalement assez proches de ceux qui caractérisent un état dépressif.

Dans une société où il est de bon ton d’être débordé et de finir tard, il semble difficile de se sortir du Bore-Out. En effet, si vous en discutez avec vos collègues, vous entendrez certainement "Mais attends, de quoi tu te plains, tu es payé à ne rien faire ?!". Si vous en parlez à vos managers, dans un premier temps, ils vous diront certainement d’en profiter pour lever un peu le pied, voire de poser des congés, surtout si vous sortez d’une période de surcharge. Puis dans un second temps, ils auront peut-être pitié de vous et vous trouveront des choses à faire à droite à gauche, mais toujours pas de vrai projet, pas d’objectif à long terme, rien d’épanouissant intellectuellement, rien de valorisant. "Être en bore-out, c’est être à bout, par manque de travail, de motivation ou de défis professionnels," écrivait en 2016 le docteur François Baumann dans "Le Bore Out - Quand l’ennui au travail rend malade".

Le bore-out, en plus d’avoir des conséquences psychologiques, peut avoir des conséquences physiques telles que le grignotage ou la perte d’appétit, fatigue, stress, anxiété, manque d’estime de soi, dépression, et même risques cardiovasculaires (selon un article nommé "Bored to death" paru dans l’International Journal of Epidemiology d’Oxford en 2010). Peu à peu, la pyramide de Maslow s’effondre, le besoin de s’accomplir n’est plus rempli, le besoin d’estime est insatisfait, le besoin d’appartenance s’effrite peu à peu, car en effet, l’employé perd confiance en sa société. De plus, la peur de se faire licencier est bien présente et entache le besoin de sécurité.

Il peut également avoir des conséquences pour l’entreprise, tout d’abord au sens purement financier de la chose, puisqu’elle paye un employé "à ne rien faire". Si par chance, un jour, l’activité de l’entreprise fait que ce salarié a de nouveau du travail, celui-ci va être découragé et démotivé, il ne sera pas aussi efficace qu’avant ce passage à vide.

 

Alors quelles sont les possibilités pour s’en sortir ? En réalité, il n’y a pas de solution miracle, pas de formule magique pour changer les choses rapidement. Cependant, il existe deux grandes orientations pour remédier au problème de façon active :

1. Agir en interne : vous pouvez profiter de la situation telle qu’elle est en attendant une amélioration et profiter de ce temps de latence pour vous auto former ou développer un nouveau projet. L’idée, ici, est de cesser d’attendre que le travail vienne à vous et d’essayer de créer vous-même votre activité. L’avantage est que vous pouvez tenter d’orienter ce travail vers ce qui vous intéresse, mais il faut évidemment s’attendre à des freins au niveau du management. Votre projet peut ne pas correspondre aux orientations de l’entreprise ou il peut y avoir, tout simplement, une inertie naturelle, rendant ce nouveau projet difficile.

2. Sortir de la situation coute que coute : dans ce second cas, la solution peut être d’envisager la démission, mais dans ce cas il faut un certain courage et un temps de réflexion avant d’agir. Vous devez peser le rapport bénéfice/risque et essayer de savoir quels sont les risques que la situation actuelle s’éternise, en fonction de votre seuil de tolérance.

 

Dans tous les cas, souvenez-vous qu’il est primordial d’informer ses supérieurs de la situation et de rappeler son envie de s’investir davantage dans des tâches réelles. Si la situation devient néanmoins insoutenable, une liste de médecins spécialisés existe sur le site "souffrance et travail". Vous pouvez également faire appel à la médecine du travail qui saura vous aider et vous orienter.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Voici quelques ouvrages qui vous permettront d’explorer le sujet :

Le Bore Out – Quand l’ennui au travail rend malade, de François Baumann

Le Bore Out Syndrom – Quand l’ennui au travail rend fou, de Christian Bourion


Publié le 08 octobre 2018