Avec une hausse de son PIB de 4.2% en 2016, le Luxembourg peut se targuer d’être « un véritable champion de la croissance européenne », comme l’explique Julien Marion, journaliste pour BFM. Arrivant en deuxième place derrière l’Irlande, le Grand-Duché brille en effet par la constance et la stabilité de son économie. Des atouts considérables qui séduisent les grands groupes financiers.

Entre la finance et l’industrie, deux secteurs clés de l'économie luxembourgeoise, le pays apparaît comme une porte d'entrée sur l'Europe pour les entreprises désireuses d'investir le marché européen. Ce fut notamment le cas pour le groupe sidérurgique mondial Arcelor qui, racheté par l'industriel indien Lakshmi Mittal en 2006, compte sur le sol luxembourgeois sa plus grande usine (4000 employés) et son siège social.  Un marché industriel dynamique qui s'illustre aussi par le fait que le Luxembourg possède le taux d'emploi par salarié dans la sidérurgie le plus important du monde.

Sidérurgie et troisième Révolution Industrielle

Par ailleurs, grande place financière, au même titre que Francfort ou Paris, le Grand-Duché bénéficie d'une stabilité politique, d'excellentes infrastructures, d'un écosystème compétitif et d'une importante cohésion sociale qui séduisent les grands groupes financiers. Pourtant, comme l'explique Carlo Thelen, économiste et directeur général de la Chambre de Commerce du Grand-Duché : «Si l'on compte les effets directs et indirects, la finance représente autour de 40% des recettes fiscales du pays. […] Mais nous essayons de diversifier ce secteur avec différents piliers : gestion de fortune, fonds d'investissement, assurance, réassurance, Fintech…».

Effectivement, le modèle économique luxembourgeois connait ses limites. L'attractivité de son régime fiscal avantageux et la grande ouverture à l'internationale du pays sont aussi bénéfiques que risquées dans le temps, en témoigne la versatilité de l'économie. Pour parer cette dépendance à ses deux principaux secteurs d'activités et développer de nouveaux marchés et relais de croissance, le Grand-Duché entend se diversifier. Ainsi, l'économiste Jeremy Rifkins a été mandaté pour produire une étude sur la troisième révolution industrielle axée sur les technologies de l'information et de la communication, les énergies renouvelables et les transports. Le pays compte aussi investir dans le «Space mining», l'exploitation de minerais contenus dans les astéroïdes.

La croissance, un indicateur fiable ?

Comparé à ses voisins européens, le Luxembourg fait souvent figure d'exception. Pourtant, la part importante de travailleurs frontaliers et le fait que le pays dépasse régulièrement les 4% de croissance montrent que cette nouvelle donnée n'est pas exceptionnelle et qu'elle peut s'expliquer en grande partie par la présence d'une main-d'œuvre étrangère. «Le business model du Luxembourg ne pourrait pas fonctionner sans la main d'œuvre étrangère» explique Carlo Thelen. On compte 164 000 travailleurs frontaliers, dont la moitié habite en France. De fait, le taux de croissance est gonflé par des travailleurs qui contribuent à l'économie du pays mais qui n'y résident pas.

D'autre part, on peut souligner que les 4.2% de hausse du PIB luxembourgeois ne sont pas exceptionnels pour le pays. Entre 2000 et 2007, la croissance moyenne était de 5%, et la Commission Européenne prévoit sensiblement les mêmes chiffres pour les années à venir. Carlo Thelen relativise ainsi ce chiffre en rappelant que le Luxembourg reste un petit pays, de fait la disparité de son activité économique est moindre : «le poids de l'économie est complètement disproportionné par rapport à sa taille […] il est normal pour un petit pays de se concentrer sur ses points forts, nous n'aurons jamais une économie diversifiée comme l'Allemagne ou la France. »

Ainsi, la STATEC, l'office statistique luxembourgeois, préfère raisonner en termes de revenu national brut par habitant plutôt qu'en PIB. Un chiffre qui reste malgré tout important, puisque le RNB luxembourgeois est 80% plus élevé que celui des autres pays de la zone euro.


Publié le 22 mai 2017