Certains experts internationaux mettent en garde contre une vague de démissions au travail qui feraient fuir les salariés des entreprises. Qu’en est-il au Luxembourg ? Les réponses positives à la question de savoir si l'on a l'intention de changer de travail dans un avenir proche ont nettement augmenté en 2021, pour atteindre 24%.

Bien entendu, l'intention de changer d'emploi dans un avenir proche dépend toutefois aussi du groupe de travailleurs auquel on appartient et de la manière dont on vit ses propres conditions de travail. Pour cette analyse, nous nous appuyons sur les données des sondages des années 2019, 2020 et 2021 de l’étude Quality of Work - une enquête représentative auprès des salariés luxembourgeois.

 

Depuis 2016 la question « Avez-vous l’intention de changer d'emploi dans un proche avenir ? » (Possibilités de réponses : « oui » ou « non ») figure au catalogue des questions posées aux participants de l’enquête Quality of Work Index. Entre 2016 et 2020, le pourcentage des réponses varie entre 16% et 20%. Or, en 2021, l’intention de changer d’emploi dans un avenir proche atteint presque un quart des salariés (24%). 

Graphique intention changement d'emploi.PNG

Graphiques : CSL ; Données : QoW 2016 - 2021.

Toutefois, la volonté de changer d'emploi peut varier entre différents groupes de travailleurs. C'est pourquoi les chapitres suivants comparent différents groupes de travailleurs et l'évolution de leurs réponses à la question sur trois ans (2019, 2020 et 2021).

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction des caractéristiques démographiques

Si l'on compare les différents groupes d'âge, on constate que l'intention est la plus forte chez les jeunes travailleurs et qu'elle diminue progressivement à partir de la tranche d'âge 35 - 44 ans. On constate toutefois une augmentation significativement plus importante chez les 35 - 44 ans en 2021 (de 18% en 2020 à 28%).

La situation familiale joue également un rôle puisque le pourcentage vers l’intention de changer d’emploi dans un avenir proche est plus grand chez les salariés sans enfants que chez les salariés parents, et cela pour les 3 années comparées.

Les salariés résidant au Luxembourg (25%) ainsi que les frontaliers originaires de France (27%) enregistrent une intention plus importante en 2021 que les années précédentes. Pour les travailleurs originaires de Belgique (21%) et d'Allemagne (22%), il n'y a pas de différence par rapport aux années précédentes.

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction des caractéristiques de l'emploi

La catégorie professionnelle joue un rôle important, car la plus grande part de salariés souhaitant changer d'emploi peut être observée chez les professions élémentaires (entre 40% et 45% au cours des trois dernières années) et chez le personnel des services directs, commerçants, vendeurs (entre 29% et 33% en 2019, 2020 et 2021). La plus forte augmentation au cours des trois dernières années est cependant constatée chez les métiers qualifiés de l'artisanat et de l'industrie (de 9% en 2019 à 22% en 2021) et chez les employés de bureau (de 14% en 2019 à 25% en 2021).

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction des caractéristiques de l'entreprise

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche est également répartie de manière inégale selon les secteurs économiques. Le secteur des « Activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien » présente le taux le plus élevé avec 38% en 2021. Ce taux était déjà élevé les années précédentes (entre 32% et 38%). La part est également plus élevée que la moyenne dans le domaine « Information et communication » (36%) et dans les activités financières et d'assurance (30%). Toutefois, l'augmentation par rapport à 2019, où la valeur se situait encore entre 23% et 24%, est ici beaucoup plus élevée. Il faut également souligner le domaine « Santé humaine et action sociale », car même si la part en 2021 se situe à peu près dans la moyenne (avec 23%), l'augmentation par rapport aux années précédentes 2020 (12%) et 2019 (17%) est remarquable.

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction des exigences et contraintes sur le lieu de travail

Y a-t-il également un lien entre les conditions de travail vécues et la formation de l'intention de changer d'emploi ?

On peut constater que l'expérience du mobbing au travail fait la plus grande différence et est plus fortement ressentir par ceux qui envisagent de changer de travail, suivie par les exigences émotionnelles, la charge physique et le travail sous pression du temps. Les différences dans l'évaluation des risques pour la santé et de la charge mentale sont déjà un peu plus faibles, mais cette évaluation est toujours statistiquement plus élevée chez les personnes interrogées qui envisagent de changer de travail. L'inverse est vrai en ce qui concerne la difficulté à changer d'emploi : celle-ci est jugée plus élevée par ceux qui n'ont pas l'intention de changer d'emploi.

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction des ressources et incitations au travail

Les différences entre les deux groupes sont-elles similaires en ce qui concerne les dimensions positives du travail, c'est-à-dire les ressources et les incitations au travail ? Ici aussi, les différentes dimensions sont présentées en fonction de l'importance de la différence d'évaluation entre les personnes interrogées qui souhaitent changer de travail et les autres. Les participants qui ont déclaré vouloir changer de travail voient en premier lieu moins de possibilités de carrière, puis moins de possibilités de formation continue dans l'entreprise, suivies par moins de droit de participation aux décisions. Moins de satisfaction par rapport au salaire, moins de retour sur le travail effectué, moins de sécurité de l'emploi ainsi que moins d'autonomie dans le travail et moins de coopération entre collègues vont également en faveur d'une plus grande disposition à changer de travail.

 

L'intention de changer d'emploi dans un avenir proche en fonction du bien-être et de la santé

En ce qui concerne les dimensions avec une connotation négative dans ce contexte (c'est-à-dire que plus la valeur est élevée, plus la situation est mauvaise), on constate que la différence entre les deux groupes est la plus grande en ce qui concerne les conflits entre la vie professionnelle et la vie privée, car les travailleurs qui souhaitent changer d'emploi sont les plus concernés. Ces derniers présentent également un risque plus élevé de burnout et font état de plus de problèmes physiques.

 

Il s’avère que l’intention de changer d’emploi dans un avenir proche est la plus forte chez les 25 - 34 ans, les salariés sans enfants, les salariés étrangers vivant au Luxembourg les salariés dans les professions élémentaires mais aussi les personnes travaillant dans les services directs, commerçants et vendeurs, et qu'elle a fortement augmenté chez les employés administratifs avec la pandémie. Les secteurs économiques les plus touchés sont le secteur « Information et communication », le secteur « Activités financières et d’assurance » et le secteur « Activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien », mais l’augmentation entre 2019 et 2021 est également forte dans le secteur « Santé humaine et actions sociale ». Les longues heures de travail ainsi que l'obligation de travailler selon des horaires atypiques font également pencher la balance en faveur d'un changement d'emploi. Enfin, une qualité de travail et un bien-être réduits, qui se traduisent notamment par un équilibre entre vie professionnelle et vie privée altéré, des relations interpersonnelles pesantes sur le lieu de travail et des possibilités insuffisantes de développement professionnel et de participation aux décisions, augmentent considérablement la propension à envisager un changement d'emploi dans un avenir proche.

 

Lire l'intégralité du numéro « BetterWork » de Mars 2022 ICI

Communiqué par la Chambre des salariés Luxembourg

Crédit photo : Scott Webb


Publié le 16 mars 2022