Une recherche récente menée par Richard Easterlin de l'Université de Californie du Sud et Kelsey J. O'Connor de STATEC Research remet en question les objectifs traditionnels de la politique économique, confirmant les conclusions précédentes selon lesquelles la croissance des revenus n'est pas liée aux changements à long terme du bien-être subjectif.

En analysant des données de plus de 120 pays, ces auteurs montrent que dans des pays initialement moins riches, avec un revenu par tête plus faible, la croissance économique n’a pas forcément impliqué une croissance du bien-être subjectif des résidents. La Chine en est un exemple emblématique : de 1990 à 2018, le pays a connu une croissance inédite, mais peu, voire aucune augmentation du bien-être subjectif.

Les auteurs remettent ici en cause certains partis pris, dont le plus tenace, selon lequel, plus de croissance économique est synonyme de plus de bien-être. Il est vrai qu’à court terme, en particulier lors de recessions économiques, quand le PIB par habitant baisse, pertes de bien-être et pertes de revenus semblent être liés. Par contre, à long terme, caractérisé par des vagues successives de croissance et de récession du PIB, ce lien est insignifiant voire inexistant.

Les leçons tirées de la présente analyse indiquent que les décideurs politiques doivent voir au-delà du PIB monétaire pour améliorer le bienêtre. Si la croissance économique seule n’est pas la solution durable, il existe d’autres voies d’améliorations du bien-être subjectif ressenti dans les pays. Ces auteurs, ont précédemment montré que la recherche du plein emploi ou bien encore l’établissement de filets de protection sociale sont efficaces. Des preuves empiriques supplémentaires sont toujours nécessaires, mais elles sont d’ores et déjà suffisamment convaincantes pour comprendre qu’il est possible d’augmenter le bien-être. En effet, l’évolution du bien-être dans le monde suit une tendance positive depuis plusieurs décennies.

Cet article apporte de nouveaux arguments alimentant le controversé paradoxe d’Easterlin. Posé par Easterlin en 1974, ce paradoxe repose sur la preuve empirique que les personnes les plus riches (ou les pays), en général, déclarent se sentir plus heureux que les personnes plus pauvres. Mais, qu’avec le temps, des personnes de plus en plus en riches ne se sentent pas de plus en plus heureuses. Le lien entre croissance des revenus et bien-être subjectif s’estompe avec le temps.

Une des explications de ce paradoxe est la « comparaison sociale ». Les gens tirent une satisfaction immédiate de l’augmentation de leur revenu. Les plus riches expriment un bien-être plus grand que des gens plus pauvres. Mais cette augmentation du bien-être avec le revenu est d’autant plus forte que ceux-ci continuent à se voir plus riches que les autres. Plus que la richesse absolue, c’est aussi la richesse relative qui importe dans le sentiment de bien-être. Avec l’augmentation générale des revenus dans le pays, cette perception de richesse relative s’estompe et en conséquence les gains en bien-être subjectif au sein de la population.

 

Communiqué par le STATEC


Publié le 12 février 2021