La pandémie de Covid-19 a forcé des millions d’employés de bureau dans le monde à télétravailler pendant la majeure partie de 2020 et le télétravail est effectivement appelé à durer, poussant les entreprises et leurs employés à adopter des modèles hybrides, combinant quelques jours au bureau avec quelques journées de travail à domicile.

Article de Guillaume Langellier, CFA Analyste crédit, Columbia Threadneedle Investments, initialement publié par Backstage Communication

D’autres effets sont également à prévoir, notamment la hausse du nombre d’espaces de travail collaboratifs, la possibilité (et non la probabilité) d’un phénomène de dé-densification, une certaine dose de « hot desking », ou travail nomade, avec tous ses avantages et ses inconvénients, ainsi que des protocoles sanitaires plus nombreux (éventualité d’un passeport vaccinal pour venir travailler au bureau).

Les bureaux hauts de gamme situés dans des quartiers très recherchés (en particulier ceux qui présentent des standards élevés de durabilité, de bien-être et de technologie) resteront suffisamment attractifs pour donner envie aux employés d’y retourner. En revanche, les bureaux moins prestigieux établis dans des quartiers moins attirants risquent d’être pénalisés par la faiblesse de la demande de location et par des baisses de loyers, voire des par réaffectations.

Enquêtes auprès d'employés en télétravail

Pendant la crise sanitaire, plusieurs enquêtes ont été conduites auprès des employés par des cabinets tels que Deloitte, Bain & Company, Savills, Gensler, McKinsey et BCG. En résumé, leurs conclusions étaient les suivantes :

Aspects positifs du télétravail

–Plus de la moitié des employés considèrent d’une manière générale qu’ils ont gardé ou augmenté leur productivité quand ils ont dû travailler à domicile. Ce constat tient principalement à l’absence de trajets et à une meilleure capacité de concentration chez eux.

–Le même pourcentage d’employés estime que les collègues sont aussi productifs qu’avant le confinement, ou plus.

Aspects négatifs du télétravail

–Près de 40% des employés déclarent que les confinements ont altéré leur bien-être.

–Plus de 40% estiment avoir perdu en productivité selon une enquête internationale de Bain & Company. Les premières raisons avancées sont le manque de motivation et l’inadéquation de leur espace de travail.

–Les employés en télétravail ont surtout éprouvé les manques suivants : interactions sociales (45%), collaboration (31%), effet de réseau (25%).

Par conséquent, les principales raisons de leur productivité accrue sont le temps gagné sur les trajets et une meilleure capacité de concentration, tandis que les motifs premiers de la perte de productivité ont trait à la motivation et à l’organisation.

Figure 1 : Résultats des enquêtes auprès des employés – productivité

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Perspectives

Il ressort d’une enquête conduite récemment par Savills qu’après la pandémie, la majorité des employés britanniques souhaiteraient ne télétravailler qu’un jour ou deux par semaine, contre 6% seulement qui privilégieraient le télétravail à plein temps. Une série d’enquêtes sur le lieu de travail de Gensler en 2020 a révélé que plus de la moitié des employés américains, plus des deux tiers des employés britanniques et plus de 70% des employés en France opteraient s’ils le pouvaient pour un modèle de travail hybride (ceux qui expérimentaient déjà ce modèle déclarant que ce dernier avait le plus d’impact positif en termes de créativité, de résolution de problèmes et de liens d’équipe). En France, seuls 5% des employés souhaiteraient télétravailler à plein temps. Une enquête de BCG réalisée en mai 2020 signale que 60% des employés veulent de la flexibilité en ce qui concerne leur lieu ou leurs horaires de travail.

En résumé, les employés souhaitent un modèle hybride permettant de choisir de venir au bureau pour collaborer et être plus productifs, tout en ayant la possibilité de travailler depuis leur domicile pour des questions de confort et de sécurité.

Aura-t-on toujours besoin de bureaux?

Les employeurs vont devoir fournir à leurs employés de bonnes raisons de se lever plus tôt et de consacrer du temps et de l’argent à leur trajet au bureau. Selon nous, il existe de bonnes raisons pour agir de la sorte :

Entretenir et nourrir une culture d’entreprise. Quelle valeur a une culture d’entreprise ? Comment garder ce capital social sans interactions régulières et soutenues entre les employés ? Comment encadrer, former, motiver, conseiller ou communiquer des retours aux employés lorsque l’on travaille à distance ? Un bureau est un espace d’intérêt commun et peut également incarner une marque aux yeux de ses employés, clients et parties prenantes, existants et futurs.

Collaboration. Le télétravail a des effets sur la créativité, la résolution de problèmes et l’innovation. Comme l’argument en faveur du travail en open space par rapport aux bureaux individuels, développé par certaines entreprises technologiques (WeWork, etc.), la collaboration est un des plus grands avantages de la présence au bureau.

Présence au bureau. Selon une enquête de Bain & Company, 42% des employés en télétravail estiment que leur productivité a baissé, les principales raisons citées étant le manque de « disposition au travail » et l’absence d’espace de travail dédié.

Intégration des nouveaux employés. Comment un nouvel employé fait-il pour s’approprier rapidement la culture d’entreprise sans interaction sociale ni collaboration en face-à-face ? Est-il facile de nouer des liens avec ses collègues en l’absence de bureaux ?

Clients. Construire une nouvelle relation avec un client ou entretenir une relation existante, satisfaire les clients souhaitant un entretien en personne, ou se rendre dans les locaux d’un fournisseur (pour des questions de due diligence, par exemple).

Sentiment de culpabilité des employés. Peur de rater quelque chose en télétravail. Dès lors que des collègues, dirigeants et responsables sont de retour à temps partiel ou complet au bureau, certains employés redoutent de passer à côté de quelque chose en termes d’interactions sociales, de politique administrative, de rassemblements après le travail, de mentorat ou même de manque de visibilité, etc.

Souhait des employés. D’après une enquête de Gensler, bien que le modèle de travail hybride soit préféré par plus de la moitié des employés, 90% d’entre eux souhaitent retrouver un bureau qui leur est assigné à leur retour.

Souhait des employeurs et vaccin. Les employeurs veulent que leurs salariés reviennent travailler en présentiel, mais pas tant que l’environnement ne sera pas considéré comme sûr. Dans quelle mesure peuvent-ils pousser dans ce sens ? Si les taux de contamination diminuent, un plus grand nombre d’employés sera vacciné et heureux de se rendre dans d’autres lieux d’interactions sociales (par exemple, les restaurants), faisant donc théoriquement disparaître le côté pénible du retour au bureau. Naturellement, ceci nécessitera que les écoles rouvrent et que les gens se sentent à nouveau en sécurité dans les transports publics. Les bureaux pourraient également disposer de lieux de dépistage ou de vaccination, ou les employeurs pourraient réfléchir à la possibilité de conditionner certains emplois à la vaccination, une question potentiellement délicate d’un point de vue politique et juridique.

Perspectives à long terme du télétravail à 100%. Quelles perspectives pour les emplois pouvant être effectués à distance 100% du temps sans nécessité d’interaction sociale ? Le sujet soulève une question ouverte quant à savoir si la fonction pourrait alors être accomplie à l’étranger, et dans ce cas sur des marchés où le coût du travail est moindre, et si, à long terme, cette fonction pourrait être automatisée ou réalisée plus efficacement par une intelligence artificielle.

Compétitivité. Les employeurs devront veiller à ce que leurs locaux ne soient pas seulement adaptés à l’usage prévu, mais aussi suffisamment attractifs pour leur conférer un avantage concurrentiel dans la lutte pour attirer et fidéliser les meilleurs talents.

Des bureaux verts et agréables à vivre. Les employeurs vont devoir offrir à leurs salariés la possibilité de travailler, de se rencontrer et de collaborer dans des bureaux de première qualité, bien situés et faciles d’accès, bien chauffés, bien aérés et équipés d’air conditionné, et dotés par ailleurs de standards élevés sur les plans du bien-être, de la technologie et de la durabilité. L’avènement du bureau moderne, agréable à vivre et à faible impact environnemental, était déjà bien engagé avant la pandémie ; néanmoins cette tendance devrait maintenant s’accélérer à mesure que les employeurs et les propriétaires de bureaux chercheront à gagner en crédibilité écologique, le tout en fonction de leur capacité financière et de leur volonté de s’adapter. Dès lors, la dynamique des transactions pourrait s’accentuer, les actifs de bureaux passant des mains de propriétaires institutionnels passifs, ou semi-passifs, à celles de propriétaires/promoteurs plus proactifs et soucieux de la gestion des biens.

Réglementation. Les bureaux 100% virtuels, dotés simplement d’une adresse postale, seront-ils autorisés, en particulier pour les entreprises assujetties à la réglementation ? Ou sera-t-il obligatoire de disposer d’un lieu physique dans lequel devront travailler les employés experts en lien avec les autorités réglementaires?

Figure 2 : Avantages et inconvénients du télétravail pour les employés et les employeurs

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Publié le 25 juin 2021