Par Christelle Brignoli, Managing Director, Great Place to Work Luxembourg.

Les facteurs psychologiques et sociaux liés à l’activité de travail sont susceptibles d’améliorer ou de dégrader la santé physique et mentale des salariés. Certains facteurs de risque pour la santé peuvent être appréhendés au travers du modèle de Karasek. Le questionnaire de Karasek est devenu le principal outil d’évaluation des facteurs psychosociaux au travail.

Ce modèle comporte trois dimensions

#1 La demande psychologique porte sur les aspects aussi bien quantitatifs que qualitatifs de la charge psychologique au travail. Comment est la charge de travail ? Son rythme, son intensité ? Le travail est-il exigeant en termes de vitesse d'exécution, de délais courts ou de quantité excessive ? Les salariés reçoivent-ils d'éventuelles instructions contradictoires ou des objectifs peu clairs ? Etc.

#2 La latitude décisionnelle qui comporte deux sous-dimensions :

- L’utilisation des compétences qui se définit par la possibilité d’utiliser et de développer ses compétences et qualifications.

- L’autonomie décisionnelle qui se définit par la marge de manœuvre dans la manière de faire son travail et de prendre part aux décisions qui s’y rattachent. La latitude décisionnelle peut être comprise dans le sens plus large de l'autonomie. Les salariés ont-ils une marge de manœuvre pour définir comment organiser et réaliser leurs tâches ? Ont-ils l'occasion d'utiliser leurs compétences ? Le travail leur donne-t-il l'occasion de développer leurs compétences ? Ont-ils l'occasion de participer aux décisions ? Etc.

#3 Le soutien social au travail comporte les aspects relatifs au soutien socio-émotionnel et instrumental des relations avec la hiérarchie et les collègues. Un manque de soutien social au travail constituerait un risque pour la santé tant de la part des supérieurs hiérarchiques que des collègues. Les salariés sont-ils soutenus en cas de difficultés pour réaliser leurs tâches ? Ont-ils le sentiment qu'on accorde de l'attention à ce qu'ils disent et à leur bien-être ? Se sentent-ils reconnus ? Etc.

 

Faire de la sécurité psychologique au travail un prérequis

Selon Karasek, la combinaison d’une forte demande psychologique et d’une faible latitude décisionnelle (Job Strain) constitue une situation à risque pour la santé.

Pression d’un côté, absence d’autonomie de l’autre, cette double contrainte a un coût de contre-performance qui atteint des sommets.

Selon l’Indice de Bien-Être au Travail de 2018, la perte financière induite par ce désengagement est de 13 340 € par an et par salarié.

Mais comment y remédier ? Il suffit d’alléger la charge mentale liée aux exigences professionnelles tout en augmentant l’autonomie de chacun(e), et vous aurez tout à y gagner en tant que manager.

 

5 bonnes pratiques à mettre en place

- Savoir déléguer : pour libérer vos collaborateurs du poids de la hiérarchie et du vôtre, apprenez à bien déléguer. Il ne s’agit pas de faire de la « délégation – démission », c’est-à-dire de déléguer uniquement des tâches « ingrates ». Donnez des missions qui ont du sens pour faire monter vos collaborateurs en compétences. Déléguer se prépare.

- Faire confiance : il faut savoir lâcher prise. Déléguer, c’est aussi laisser vos collaborateurs accomplir une mission avec leurs propres méthodes.

- Eviter la précipitation : concrètement, cela suppose de ne pas regarder ses e-mails toutes les minutes et accepter de ne pas y répondre immédiatement. Dans la majorité des cas, nous n’avons pas forcément besoin de répondre dans les 30 minutes. Des études ont montré que la vitesse est généralement un gage d’inefficacité et de stress. Prenez le temps de réfléchir et aussi de laisser reposer vos émotions.

- Libérer les horaires : faire ses 8h de travail par jour voire plus n’est pas un gage d’efficacité, cela peut aussi s’apparenter à du présentéisme parfois. Pourquoi rester au travail alors que le travail est fini, stresser dans les transports alors que l’on pourrait faire le travail de chez soi ? La liberté des horaires et le télétravail sont des mesures de plus en plus mises en place au Luxembourg. On le sait, une bonne gestion de l’équilibre vie privée – vie professionnelle est indispensable pour améliorer le bien-être et la performance de vos collaborateurs, surtout pour les nouvelles générations (mais ne nous en cachons pas c’est le cas pour tous). En termes d’allégement de la charge mentale, assouplir les horaires est sans doute la mesure la plus efficace et la plus facile à mettre en place.

- Être bienveillant avec soi-même et son équipe : en encourageant les initiatives, et en apprenant des erreurs commises au lieu de les punir. En tant que manager aussi, il est important de reconnaitre ses erreurs, cela force le respect.

 

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Publié le 01 octobre 2019