Par Virginie Stevens, Managing Partner, Pétillances.

Climax, quel mot étrange... Mais qu’est-ce donc que ce concept ? Le climax peut être défini comme le sommet de l’évolution d’une civilisation à partir duquel son processus de croissance s’inverse. A titre d’exemple, dans une démocratie, il s’agit du moment où les dirigeants politiques réduisent les libertés au nom de l’intérêt national. Dans un processus éducatif, le climax prend corps quand l’école brime la créativité au nom de la discipline. A l’hôpital, c’est le point à partir duquel l’apogée des soins fait face à la mutation des virus qui contaminent à tout va des individus sensés sortir guéris de la salle d’opération. C’est le moment où ne pouvant aller plus haut, une civilisation entame l’irrémédiable glissement vers, au pire, sa disparition, au mieux, sa mutation.

Le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui ne se situe guère loin de son climax. Aujourd’hui, il n’est plus possible de nier que la surconsommation des ressources de notre planète conduit à leur perte de nombreuses espèces parmi lesquelles figure la nôtre. Le bond technologique connu depuis les années 1950 nous a amené à un niveau de maîtrise qui redessine la plus infime de nos relations sociales. Observez pour preuve les navetteurs collés à leur smartphone dans les transports en commun ou les couples au restaurant plus absorbés par leurs notifications d’Instagram que par ce qui s’offre dans leurs assiettes.

Le monde de l’entreprise n’est pas épargné par cet état de fait. Il a aussi un climax. S’il est toujours possible de faire encore mieux (parole de Bisounours pragmatique que je suis), la corrélation entre course au développement économique et souffrance au travail nous saute aux yeux quotidiennement. Nous nous trouvons aujourd’hui à un point de rupture, au climax d’un paradigme qui périme. Il n’est plus possible, si l’on veut s’inscrire dans une approche économique saine, de jouer les autruches. Car maintenir la tête dans le sable ou trop proche du sol nous fait courir le risque d’exposer au danger une des parties les plus charnues de notre anatomie et de nous … (je vous laisse le loisir de terminer cette phrase à votre bonne convenance). On ne pourra pas dire qu’on ne nous avait pas prévenu.

Il est urgent d’ouvrir les yeux ! Non pas pour exprimer une nième critique de la société contemporaine, mais pour enfin nous responsabiliser individuellement face à l’avenir de notre monde professionnel.

J’en suis profondément convaincue, il est possible d’influer positivement la performance de l’entreprise grâce à une véritable bientraitance des collaborateurs mais aussi de nous-mêmes. Nous pouvons inverser la tendance à la décrépitude de nos échanges interpersonnels au travail ! Nous pouvons sortir de la prévention tertiaire des risques psychosociaux (vous savez, celle où l’on ramasse les morceaux…) pour revenir à une véritable humanité et favoriser un sain « vivre et travailler ensemble ». Je ne vous parle pas de l’humanité où l’on enferme le collègue dans du coton pour le protéger de tout, mais plutôt de celle où chacun se place devant son miroir et entame en conscience une exploration intérieure, prélude à la mise en place d’actions correctrices salutaires. Celle où chacun n’est plus en attente d’une décision managériale réformatrice mais où nous décidons d’agir en adultes équilibrés et responsables.

« Mon chef et mes collègues tirent une tronche jusque par terre et ont oublié leur sourire à la maison ? » Qu‘à cela ne tienne, je fais un pas vers eux en décidant de sourire même si c’est compliqué. Je décide d’être positivement contagieux. « Décidément, il n’y a pas moyen que mon travail soit reconnu dans cette boîte de m…. ! ». Même pas peur, je vais commencer par donner un feedback de qualité aux gens qui m’entourent. « J’en ai marre, je suis tellement fatiguée que j’ai des cernes jusqu’au milieu du ventre.  Je ne supporte plus mon collègue qui éteint son ordinateur à 16h59 pour rentrer à la maison… ». J’écoute ma colère qui surgit face à ce que j’interprète comme une injustice. Non pas celle du collègue qui s’en va mais plutôt celle que je m’inflige au quotidien en grignotant mes heures de sommeil essentielles pour être bien vu de je ne sais qui…

 

Gandhi l’a dit : « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde ». Prenons aujourd’hui le temps de faire le point sur nos propres mécanismes d’évolution, mais aussi de destruction. Auditons ce que nous sommes avec douceur et bienveillance en appliquant cette méthode pratico-pratique que nous enseignons chez Pétillances : la méthode l’Oréal. « Parce que je le vaux bien ! Parce que tu le vaux bien ! Parce qu’ensemble, dans notre équipe, notre département, notre entreprise, nous le valons bien ! »

Je plaide aujourd’hui pour ce changement, moi qui ai eu la chance d’accompagner des personnes au crépuscule de leur vie en soins palliatifs. Notre existence est courte, il est de notre responsabilité (non pas de celle du voisin, du conjoint, du parent, du CEO, de notre N+1…) de mettre la main à la pâte pour faire de notre vie quelque chose de beau. Cerise sur le gâteau (composé de la pâte où nous avons mis la main, bien entendu…), cela permettra aux entreprises qui nous emploient d’atteindre des objectifs encore plus génialissimes en incarnant, elles aussi, des valeurs positives et respectueuses.

Alors, on y va ensemble ? www.petillances.com


Publié le 23 avril 2019