Ce mardi 23 avril 2019, plus de 150 professionnels des RH s'étaient donné rendez-vous au Kinepolis Kirchberg pour une nouvelle édition du HR Day, intitulée "Les RH, catalyseurs de l'entreprise plateforme". Les experts présents, locaux et internationaux, ont notamment partagé leurs bonnes pratiques en termes d'innovation RH, management et leadership.

C'est Laurent Chapelle (CEO, RH Expert) qui a officiellement ouvert cette édition du HR Day, avant d'accueillir Abdallah Guarssifi, le fondateur de Distinction, pour une présentation intitulée "Performance, turnover et recrutement : ce que les neurosciences nous révèlent". Celui-ci a tout d'abord expliqué que les fondateurs de la jeune startup étaient passionnés de neurosciences et de recrutement, avec pour but de faire évoluer les mentalités du secteur. En effet, selon Abdallah Guarssifi, "les candidats offrent bien plus que ce qui est décrit dans un curriculum vitae, il y a des choses qu'on ne trouve pas dans un CV". Le fondateur a par la suite partagé l'histoire des frères Wright, pionniers de l'aviation, sur qui personne n'avait misé, car ils n'avaient pas, a priori, les compétences requises. "Mais, avec de l'ambition et en faisant preuve de persévérance, nous pouvons aller plus loin et dépasser les attentes," a ajouté Abdallah Guarssifi, avant d'expliquer que les tests de personnalisés utilisés lors d'entretiens sont bien souvent biaisés, et loin de la réalité. Sa solution ? Des questions projectives qui stimulent l'hémisphère droit du cerveau, et la créativité : "il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse, par contre, elle va dire quelque chose au recruteur sur la personnalité du candidat, sans aucun filtre. L'instinct, c'est ce que nous avons de plus vrai en nous". La startup a développé un test de personnalité projectif chromatique, pour déceler la vraie valeur ajoutée des candidats et ainsi permettre aux sociétés de réduire le turnover et l'absence, mais également le coût des campagnes de recrutement ainsi que les inégalités à l'embauche.

 

"La différence qui fait la différence"

Benoît Thierry, Co-founder, Leadership School of Paris, s'est quant à lui intéressé aux RH, désormais placés au cœur de la stratégie business, et notamment à la gestion des talents. "Une fois que nous avons recruté un talent, il faut également le conserver. Pour cela il faut les animer. Dès lors, ils pourront même plus tard servir eux-mêmes à recruter," a débuté Benoît Thierry, qui a par la suite cité Einstein : "la folie, c'est de vouloir faire toujours la même chose en espérant avoir un résultat différent". Comme l'a expliqué l'expert en leadership, nous avons tous la volonté de créer une "dream team", avec des collaborateurs complémentaires, ayant un objectif commun, à l'image des sélectionneurs des équipes nationales de football. Benoît Thierry, qui accompagne également les blessés de l'armée dans leur reconversion sociale, a insisté sur l'importance de la personnalité et du comportement, quand beaucoup misent encore aujourd'hui sur les compétences et le CV. "C'est le comportement qui fait la différence. Cette dream team, elle est peut-être déjà présente dans vos équipes, et c'est le contexte et l'environnement qui font que les collaborateurs vont pouvoir donner le meilleur d'eux-mêmes," a souligné l'expert. Selon lui, les talents ne sont pas toujours bien optimisés, et des outils de type "predictive index" peuvent aider. Ces questions mettent en avant la conscience de soi et le comportement d'un candidat dans un certain poste. "Avec How Institute au Luxembourg, nous accompagnons les équipes dirigeantes : l'entreprise est un écosystème et dans l'environnement actuel, elle doit donner l'envie de se dépasser aux individus, et ainsi de performer," a conclu le co-fondateur de la Leadership School of Paris.

 

L'entreprise plateforme : mythe ou réalité ?

Tel était le titre de la présentation de Dr David Benmahdi, IAE Metz, School of Management, qui a partagé ses pistes pour une compréhension socio-technique d'un potentiel phénomène de mode et de son impact RH. Il a débuté son intervention par de multiples définitions et plusieurs théories sur les modes et la réaction des individus face à celles-ci, avec l'utilisation, notamment dans les RH, de nombreux buzzwords. Puis, David Benmahdi s'est intéressé à la pratique : le mythe fondateur de l'entreprise plateforme trouve son origine chez les GAFA. Il a également souligné la réussite du business model de certaines sociétés, qui utilisent des tableaux de bords permettant de piloter des activités complètes. "Certains tabous existent tout de même : nous assistons à un renversement de paradigme, de l'humain vers la data. Cela peut avoir un impact sur la santé mentale des employés," a ajouté l'expert RH, expliquant également que la gestion des data pouvait représenter des coûts non-négligeables, et que les gains étaient parfois difficilement mesurables. Il a aussi fait remarqué que la digitalisation n'a, pour l'heure, pas libéré les esprits, le gain possible d'une technologie dépendant de la culture organisationnelle, mais pouvant aussi entrainer une quantophrénie, l'envie de tout mesurer. Alors, les RH sont-ils les catalyseurs de l'entreprise plateforme ? "En termes de phénomène, il s'agit d'une prophétie auto-réalisatrice : on parle de la tendance, mais elle existe également. Dans l'entreprise, le phénomène est porté par une approche techno-centrique, alors que pour les RH il s'agit d'une mode plutôt que d'une réalité nécessaire au fonctionnement des services, même si la technologie offre de nouvelles possibilités. Le DRH a quant à lui un rôle de sage, il peut suivre la mode mais doit aussi analyser l'impact d'une telle plateforme sur la culture de l'entreprise. Il est le gardien de la raison. Mais finalement, les RH sont-ils spectateurs, acteurs ou évangélistes de cette nouvelle idéologie ?" a conclu David Benmahdi.

 

La place de l'intelligence émotionnelle

Cristina Jardón, Certified Teacher, Search Inside Yourself Leadership Institute, a par la suite pris la parole en expliquant que les sondages menés (par Gallup, Regus, ou autres) montrent que 70% des employés ne se sentent pas engagés, entrainant une baisse de la productivité, que 65% des collaborateurs ressentent du stress, un chiffre qui augmente constamment. "De plus, 70% des managers font preuve de trop peu d'attentions. Ainsi, seuls 25% donnent le meilleur et réalisent tout leur potentiel. Finalement, 8% des collaborateurs se sentent bien au travail," a souligné Cristina Jardón. Cela s'explique notamment par l'importante période de changement que connaissent les entreprises et leurs employés : l'environnement est VUCA (Volatile, Uncertain, Complex, Ambiguous). Dès lors, de nouvelles compétences sont nécessaires : humaines et émotionnelles. Pour ce faire, Google a notamment développé un programme spécialisé, le Search Inside Yourself Institute, se basant sur les neurosciences, la mindfulness et l'intelligence émotionnelle. "Ceci permet notamment de développer les capacités de leaders, améliore la performance et la collaboration, tout en se soucient du bien-être au travail," a expliqué l'experte. Elle a par la suite partagé quelques résultats des sessions de formation, avec un impact immédiat sur la réduction du stress, et une augmentation de la performance ou encore du leadership. Le programme se base sur 5 piliers : Mindfulness, Self-Awareness, Self-Management, Motivation, Empathy & Leadership.

 

Réduire le taux d'attrition des employés avec l'IA et le Big Data

C'est ensuite Gáspár Kocsis, Managing Director, Bondweaver, qui est intervenu. Il a tout d'abord rappelé que les compétences, combinées aux interactions dans l'équipe, étaient la recette du succès. "Comment les collaborateurs d'une société, via l'organisation ou l'organigramme, interagissent-ils entre eux ? Notre startup trace ces interactions et offre un plan afin de les rendre plus efficaces et opérationnelles", a dit le Managing Director de Bondweaver. En effet, réduire le taux d'attrition est l'une des priorités des DRH, dans un contexte où il est difficile de trouver des talents, notamment dans le domaine IT. De plus, les embauches infructueuses sont coûteuses : recrutement, formation, temps investi, etc. Pour Gáspár Kocsis, l'organisation est comme le corps humain : on traite souvent les symptômes d'une manière généraliste, sans en adresser la cause véritable. Or, de nombreux éléments entrent en jeu dans la rétention des talents, tels que l'évolution de la carrière, le package salarial, la relation avec le manager ainsi qu'avec les collaborateurs, etc. La startup a mis au point un algorithme qui, en utilisant la technologie de l'intelligence artificielle, analyse les données et permet ainsi de réduire le turnover au sein de la société.

Des possibilités infinies

Les organisateurs avaient également convié David Goldsmith, (President and Co-founder, the Goldsmith Organization) qui a partagé son expertise en leadership et créativité, dans une ère digitale et d'intelligence artificielle. Il a notamment partagé plusieurs articles sur l'impact de l'IA et sur la notion de créativité, soulignant qu'aujourd'hui déjà, l'IA pouvait faire preuve de plus de créativité que l'humain, notamment dans la rédaction d'articles de sport, ou dans le jeu de Go. "Des vidéos sont également créées à 100% par l'intelligence artificielle, sans aucune intervention humaine. L'IA écrit des livres de fictions, et peut créer des photos en représentant des visages qui n'existent pas," a-t-il ajouté. Dès lors, selon David Goldsmith, aucun emploi de pourra résister à cette révolution : il ne s'agit pas d'avoir peur, mais simplement de réfléchir différemment. Pour l'auteur américain, "la créativité n'est cependant pas le futur, car il n'existe pas un seul job qui ne peut pas être remplacé ! Comment y répondre ? En se comportant comme un leader ! Ils doivent penser différemment". La diversité joue également un rôle important. A titre d'exemple, des marques comme Nike et Boeing engagent actuellement des spécialistes de science-fiction pour qu'ils puissent prédire leur futur. Les leaders, quant à eux, doivent garder un œil sur les tendances technologiques, entre IA, robotique, impression 3D et bien plus encore. Dans cette équation, les DRH doivent anticiper et recruter pour des postes qui n'apparaitront que dans 2 ans, la bonne nouvelle est qu'ils peuvent dès aujourd'hui utiliser l'IA pour les aider à anticiper ces choix. "Nous ne sommes pas dans la quatrième dimension, mais bien dans une ère d'infinies possibilités. Allez-vous oser y entrer ?" a conclu David Goldsmith.

 

Une histoire de transformation

Carmen Maftei, Head of Human Resources, Vodafone, est revenue sur la transformation de la fonction RH et a partagé ses bonnes pratiques, mises en place dans la société spécialisée dans les télécommunications. "Depuis 2005, les RH ont évolué, débutant avec des économies d'échelle, puis un focus sur la technologie pour améliorer les process et les expériences et aujourd'hui, nous replaçons le collaborateur au centre de nos préoccupations, avec une importance grandissante donnée aux expériences de vie et aux interactions sociales", a tout d'abord expliqué la DRH, tout en soulignant que ces transformations RH étaient sans fin, recommençant constamment, avec des focus bien particuliers à chaque étape. "Avec le digital, les RH ont gagné du temps qu'ils peuvent utiliser pour impacter la stratégie et le business. Ils ont un rôle de conseil et sont présents pour challenger le management. Ils doivent mixer les talents, s'assurer de la cohésion d'équipe et faire en sorte que la culture d'entreprise soit forte. Aujourd'hui, il vaut mieux être agile plutôt que d'être hiérarchique," a-t-elle souligné. En d'autres termes, les DRH doivent préparer l'entreprise pour le futur, en exploitant notamment les données et en prenant des décisions informées. Chez Vodafone, plusieurs initiatives ont été prises en ce sens : une plateforme facile d'utilisation permettant aux employés de gérer leur carrière, de nouveaux outils de communication internes, etc. Elle a également précisé que la transformation des RH permettait une meilleure compréhension du business, à travers ses différents challenges et changements. "La transformation digitale va se poursuivre et générer des bénéfices. La technologie représente un aspect facile, la variable reste l'humain. Ce sont toujours des gens qui gèrent le business : l'interaction humaine ne va en aucun cas disparaitre" a conclu la DRH de Vodafone.

 

Amazon, une innovation constante

Les organisateurs ont par la suite accueilli Anne-Marie Husser (Human Resource Director, Amazon France-Luxembourg) pour un speech centré sur les mécanismes RH au cœur de la transformation et de l'innovation de l'entreprise. "Amazon est une jeune entreprise : elle n'a que 20 ans. Pourtant, elle est en passe de devenir un des plus grands employeurs du monde, avec 600 000 collaborateurs. Tout cela en gardant l'esprit "Day1". Il s'agit de l'obsession du client pour chaque collaborateur, en se concentrant sur leurs besoins," a-t-elle expliqué. Ainsi, Amazon reste au-devant des attentes et garde son agilité du premier jour. Day 2 rime alors avec bureaucratie et lenteur. Elle a par la suite partagé quelques exemples prouvant l'importance de ce service client, puis a souligné l'importance de la culture de l'écrit pour les collaborateurs : "chacun peut amener son idée : il doit écrire un communiqué de presse interne pour exposer sa réflexion, et expliquer la valeur ajoutée de ce concept". Anne-Marie Husser a aussi présenté quelques-uns des 14 "leadership principles" d'Amazon, auxquels les collaborateurs adhèrent. Ceux-ci font également partie intégrante du processus de recrutement. La sélectionne finale du candidat revient quant à elle à un collaborateur neutre, un "bar raiser". Comme l'a indiqué la DRH, "nous nous attachons à ce que les collaborateurs correspondent à la culture d'entreprise". Enfin, les systèmes d'évaluation ne reposent pas sur des notes, mais uniquement sur le qualitatif, avec un accompagnement dans leur développement, toujours en gardant en tête le client et l'amélioration de la productivité pour l'entreprise. Elle a conclu : "Rester dans le Day 1 signifie repenser constamment ses process. Chez Amazon, nous nous challengeons lorsque tout va bien. Les RH sont les gardiens du temple car ils s'assurent auprès des collaborateurs, que ce qui est mis en place a du sens".

 

Entre gestion du temps et mobilité

Sophie Henrion et Etienne Piot, respectivement Digital Expert et Business Manager chez Protime se sont par la suite intéressés à la gestion des temps au service de la performance des entreprises d'aujourd'hui et de demain. "En termes de productivité, le Luxembourg se classe en deuxième position lorsque cette dernière est calculée sur base du PIB et des heures travaillées. Cette mesure pourrait être très intéressante si les collaborateurs travaillaient effectivement 40 heures par semaine, mais la réalité est bien différente. La mobilité, sujet clé pour les résidents comme pour les frontaliers est souvent source d’heures non productives passées dans son véhicule. Et les infrastructures actuelles ne permettent pas d'absorber le trafic," ont tout d'abord dit les deux experts, expliquant que la productivité des travailleurs passe avant tout par leur bien-être au travail. Selon plusieurs études, et comme rapporté par Sophie Henrion, un salarié heureux est en effet deux fois moins malade, six fois moins absent, neuf fois plus loyal… et 31% plus productif tout en étant plus créatif de 55%. Elle a conclu son intervention en indiquant que désormais des outils mêlant hard et soft HR étaient disponibles afin de permettre plus de flexibilité/mobilité au travail, et ainsi d'améliorer le bien-être des collaborateurs.

Des RH en perpétuelle transformation

Puis, pour conclure cette édition du HR Day, Laurent Chapelle a réuni Anne-Marie Husser et Benoît Thierry autour d'une table ronde traitant de la transformation RH et de la création d'entreprises plateformes. Pour la DRH d'Amazon, les RH doivent faire en sorte que dans toutes les décisions prises par l'organisation, l'esprit "people" est pris en compte : "les décisions doivent donner du sens tout en répondant aux besoins business. Les RH donnent les mécanismes pour que les collaborateurs puissent par la suite faire les bons choix". Pour Benoît Thierry, chacun apporte sa pièce à l'édifice et participe à la pérennité de l'entreprise. Il a également expliqué qu'il était important de donner l'opportunité aux collaborateurs de s'exprimer, et ainsi de construire ensemble l'avenir de l'entreprise. "A titre d'exemple, chez Amazon, nous avons créé un GPS pour guider nos gens dans la gestion de leur carrière ? Quelle est la direction qu'ils vont prendre ? Quelles sont les étapes ? Quelles sont les opportunités qui s'offrent à eux ?," a ajouté Anne-Marie Husser. Pour le co-fondateur de la Leadership School of Paris, il est également crucial de donner l'occasion aux collaborateurs de réintégrer la société, après avoir pu acquérir de nouvelles connaissances et compétences chez un autre employeur. Pour ne pas être simplement dans l'exécutif et pour prendre part à la stratégie, la DRH d'Amazon a invité les départements des RH à repenser leur organisation, qui doit être alignée avec le business de l'entreprise : "dans le contexte actuel, il faut aussi penser transfrontalier et surtout valeur ajoutée". Quant à la culture d'entreprise, notamment sur la question du télétravail, Amazon promeut la confiance et donne ainsi une flexibilité importante à ses collaborateurs. Le géant du web a également mis en place l'initiative "Connect @ Amazon" qui permet l'échange autour de thématiques communes aux différents sites du groupe, ce qui a notamment vu naitre plusieurs engagements sociétaux. Benoît Thierry a par la suite abordé les outils SIRH avec la data et la numérique apportant une forte valeur ajoutée. Cependant, ces outils doivent être réfléchis et avoir un réel intérêt business, défini en collaboration avec les employés et la direction. Pour conclure Anne-Marie Husser a rappelé qu'il était nécessaire d'apporter du cœur aux décisions prises, soulignant ainsi l'importance de l'humain dans un environnement digital. Pour Benoit Thierry, "l'humain reste le facteur différenciant de l'entreprise !".

 

L'événement s'est clôturé par le traditionnel cocktail de network proposé par Kaempff Kohler et qui a permis aux participants de continuer leurs échanges autour du futur des ressources humaines.

Le prochain événement HR One sera organisé le 20 juin prochain et traitera du "cycle de vie digital du collaborateur". Plus d'informations sur www.hrfactory.lu.

 

Alexandre Keilmann

Photos : Dominique Gaul


Publié le 24 avril 2019