Le rapport annuel 2020-2021 du Conseil national de la productivité (CNP) remis le 13 décembre au ministre de l'Économie, Franz Fayot, intitulé «Pandémie et Productivité», revient sur le constat du «paradoxe luxembourgeois de la productivité» : niveau élevé mais progression atone.

Le rapport, élaboré dans le cadre d'une obligation européenne, met en évidence la faible progression de la productivité du travail et des ressources au Luxembourg. Or, comme le soulignent les auteurs, la productivité détermine le niveau de vie de la population, grâce au niveau de revenu qu'elle permet de distribuer, et contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pandémie oblige, les réflexions du CNP montrent que les aides conséquentes allouées aux entreprises par le gouvernement ont permis à la productivité du travail (en heures prestées) de se maintenir. Le phénomène du télétravail, dont les effets ne sont pas encore complètement appréhendés, a permis à de nombreuses branches de satisfaire la demande des clients malgré l'adversité.

Les pistes du CNP en vue de dynamiser la productivité de l'économie sont la digitalisation, la R&D et l'innovation, le capital humain, la gouvernance et le cadre réglementaire comme champs d'action possibles.

Parmi les principales branches du secteur marchand, les activités financières et d'assurance ainsi que la branche de l'information et de la communication se distinguent par une productivité apparente du travail très élevée, alors que la situation est moins satisfaisante pour d'autres branches, notamment l'industrie manufacturière, les services non financiers et le commerce. Les disparités n'existent cependant pas seulement entre les secteurs, mais également au sein des branches d'activité.

"Front runners" et "laggards"

L'hétérogénéité des entreprises est une explication avancée pour la faible progression de la productivité. Ainsi, une étude annexée au rapport du CNP met en évidence un écart grandissant entre les entreprises les plus productives ("front runners") et celles les moins productives ("laggards") dans les secteurs des services non financiers et de l'industrie manufacturière. En outre, cette étude tient compte de l'efficacité d'allocation de l'emploi et de la dynamique de création et de destruction d'entreprises pour analyser l'évolution de la productivité.

Une deuxième étude traite les défis méthodologiques pour mesurer l'input et l'output et, in fine, la productivité des banques. En combinant des approches de comptabilité et des travaux académiques, cette étude innovante conclut à la stagnation de la productivité des instituts financiers.

Une notion perçue comme globale

Une autre étude concerne la perception du concept de productivité qu'ont les dirigeants d'entreprise. Il ressort des études de cas que les managers associent la productivité à un champ sémantique plus large, à savoir celui de la performance de l'organisation en termes d'efficience, de profitabilité et de coûts. Or, pour pouvoir agir sur la productivité, il faut qu'économistes et managers s'accordent sur une même terminologie. Le CNP propose de réfléchir à des outils qui permettraient de concilier les deux approches adoptées d'une part, dans la politique publique macro-sectorielle et d'autre part, dans la gestion des entreprises.

En vue de couvrir la thématique de la durabilité, des analyses sur la productivité des ressources et de l'énergie complètent le rapport du CNP.

Le rapport 2020-2021 du Conseil national de la productivité (CNP) est disponible ICI

Sources : ministère de l’Économie et Conseil national de la productivité


Publié le 13 décembre 2021