Depuis 2013, la Chambre des salariés (CSL), en collaboration avec l'Université du Luxembourg et l'institut de recherche sociale infas, interroge régulièrement les salariés au Luxembourg dans l'enquête représentative Quality of Work Index Luxembourg (QoW) sur leurs conditions de travail et la qualité de travail au Luxembourg. L'enquête 2020 a été fortement influencée par la crise sanitaire liée au COVID-19. Pour tenir compte de cette réalité, une échelle de questions a été élaborée dans le cadre de l'enquête QoW 2020 afin de mesurer l'impact de cette crise sur les travailleurs. Entre juin et septembre 2020, 2 364 personnes âgées de 16 à 64 ans qui ont un emploi régulier de 10 heures ou plus par semaine ont participé à l'enquête.

Quel est l'impact de la crise du COVID-19 sur le travail ?

En réponse à cette question, la moitié des participants à l'enquête (49%) estiment que leur situation professionnelle a été fortement ou très fortement affectée par la crise du coronavirus, tandis que l'autre moitié (51%) estime que cette crise n'a pas affecté leur situation professionnelle autant ou pas du tout.

fig01_1.jpg

Si le genre a une très faible influence sur les réponses à cette question, les 35-44 ans, ainsi que les salariés de la santé humaine et de l'action sociale mais aussi ceux de l'industrie, indiquent qu'ils sont plus touchés, tandis que les employés administratifs et les salariés dans les métiers qualifiés de l'industrie et de l'artisanat se sentent moins concernés. Les salariés avec enfants déclarent également être plus touchés que les salariés sans enfants, tout comme les salariés qui travaillent à domicile par rapport à ceux qui continuent à travailler à leur lieu de travail habituel.

En termes d'impacts spécifiques sur la situation de travail, la figure 2 montre que le recours au travail à domicile (homeoffice) est parmi les impacts les plus fréquemment mentionnés (47%), suivi par les changements dans l'étendue des heures de travail (32%). 19% des travailleurs disent avoir été mis en chômage partiel, tandis que 12% disent avoir été contraints de prendre des congés et 5% déclarent avoir dû réduire leur compte de temps de travail ou adapter les heures de travail dans le cadre d'un horaire mobile.

Le télétravail (même partiel) à cause de la crise sanitaire a surtout pu être observé dans les activités financières et d'assurance (90%), et l'information et la communication (77%) et moins souvent dans le secteur de la santé (13%) et dans la construction (14%).

Le nombre d'heures de travail a surtout changé dans le secteur de la santé (49%), suivi par l'administration publique (46%) et l'industrie (40%), et beaucoup moins dans la construction (16%), les activités financières et d'assurance (21%) et l'information et la communication (22%).

Concernant le chômage partiel, les secteurs de l'industrie (53%), de la construction (39%) et du commerce de gros et de détail, transports, hôtels et restaurants (31%) ont été les plus touchés.

fig02_0.jpg

 

Qu'en est-il de la peur d'être infecté par le coronavirus ?

Si 46% n'ont pas peur d'être infectés par le virus, 31% ont moyennement peur et 24% ont très peur d'attraper le virus. Cette peur est plus répandue chez les femmes (30% contre 38% qui n'ont pas peur) que chez les hommes (21% contre 51% qui n'ont pas peur). La catégorie des jeunes de 16 à 24 ans est à la fois la catégorie dans laquelle la peur de l'infection est la plus fréquente (30%) et celle qui compte le plus grand nombre de personnes qui n'ont pas peur de contracter le virus (50%).

fig03_0.jpg

La crainte du virus est élevée dans les professions des services directs, de la vente et des soins et chez les travailleurs des professions élémentaires. En ce qui concerne les secteurs économiques, le secteur de la santé, le commerce de gros et de détail, les transports, les hôtels et restaurants, et le secteur public occupent les premiers rangs.

 

Quelles sont les précautions prises dans les entreprises ?

Les entreprises ont l'obligation légale d'assurer la santé et la sécurité de leurs employés et de prévenir ou de réduire au minimum le risque de maladies et d'accidents du travail, y compris ceux liés à l'infection par le nouveau coronavirus. C'est pourquoi des protocoles sanitaires ont été mis en place dans les entreprises, notamment sur la base des recommandations de l'OMS. Une échelle de questions a été élaborée dans le cadre de l'enquête QoW 2020 afin de mesurer l'utilisation des précautions dans les entreprises pour protéger les employés contre la contamination par le coronavirus.

Sur celle-ci, plus de 4 répondants sur 10 (44%) indiquent que leur employeur ne fournit pas des vêtements de protection (mais autant - 45% - disent en avoir reçu). Si dans la plupart des entreprises, la possibilité de désinfecter ses mains (93%) et des informations suffisantes pour se protéger du COVID19 (82%) sont données, un quart des salariés n'arrivent pas à toujours respecter la distance de sécurité de 2 mètres.

2 sur 10 (20%) sont d'avis que leur employeur ne veille pas à ce que les salariés se mettent en congé de maladie en cas de légers symptômes. 16% disent que les collègues ne portent pas tous en masque au travail et 16% déclarent que l'espace de travail n'est pas régulièrement nettoyé et désinfecté. Également 16% affirment que les espaces où plusieurs personnes travaillent en même temps ne sont pas bien aérés.

fig04.jpg

 

Attention à la santé mentale des travailleurs !

La part de participants à l'enquête présentant un risque élevé de dépression est passée de 8% en 2019 à 11% en 2020, et la proportion de salariés dont l'état de bien-être émotionnel est détérioré et qui présentent un risque modéré de dépression est de 21% (19% en 2019). Désormais 1 travailleur sur 3 présente un risque de dépression, et plus qu'1 sur 10 présente des signes très forts de dépression.

fig05.jpg

La santé mentale dépend également de caractéristiques liées à la personne et à son travail. Ainsi, le risque élevé de dépression est particulièrement fréquent chez les femmes (13%) par rapport aux hommes (9%). Si la part de personnes dans la catégorie du bien-être émotionnel augmente proportionnellement à l'âge, la proportion de salariés âgés présentant un « risque élevé de dépression » (14% par rapport au total de 11%) est dans le même temps plus élevée que dans les autres catégories d'âge. Parmi les jeunes de 16 à 24 ans, il y a une grande part de personnes présentant un risque modéré de dépression (28%). Parmi les travailleurs venant d'Allemagne l'état de bien-être émotionnel dégradé et le risque élevé de dépression est plus fréquent que chez les autres. La proportion de personnes dont l'état de bien-être émotionnel s'est détérioré est plus élevée parmi les personnes vivant seules que parmi celles vivant en couple, en particulier parmi les parents isolés, qui comptent une plus grande proportion de personnes présentant un « risque élevé de dépression » (16%).

fig06.jpg

Du côté des caractéristiques du travail, il n'y a pas de différence significative entre les personnes travaillant depuis leur domicile et les autres.

En ce qui concerne le type de profession, ce sont les salariés dans les professions élémentaires (24%) mais aussi les dirigeants, cadres de direction, gérants (20%) qui présentent le plus souvent un « risque élevé de dépression »

Le risque de dépression est aussi inégalement réparti selon les secteurs d'activités. Les plus touchés se trouvent dans les « activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien » (16% avec un risque élevé et 27% avec un risque modéré de dépression) et le secteur de la santé humaine et de l'action sociale (15% avec un risque élevé et 30% avec un risque modéré de dépression).

 

Conclusions

Dans l'enquête sur la qualité du travail de cette année, l'impact de la crise sanitaire est très clair et montre que les mesures de santé non seulement accompagnent notre vie quotidienne mais interfèrent massivement dans la vie des salariés et ont un impact négatif considérable sur leur vision de la vie professionnelle ainsi que sur leur bien-être.

La moitié des participants à l'enquête (49%) estiment que leur situation professionnelle a été fortement ou très fortement affectée par la crise du coronavirus. Concrètement, le recours au travail à domicile (homeoffice) est parmi les impacts les plus fréquemment mentionnés (47%), suivi par les changements dans l'étendue des heures de travail (32%).

Si 46% n'ont pas peur d'être infectés par le virus, 31% ont moyennement peur et 24% ont très peur d'attraper le virus. Si dans la plupart des entreprises, la possibilité de désinfecter ses mains (93%) et des informations suffisantes pour se protéger du COVID-19 (82%) sont données, un quart des salariés n'arrivent pas à toujours respecter la distance de sécurité de 2 mètres, et 16% observent que tout le monde ne porte pas un masque dans leur entreprise.

L'isolement social, l'incertitude liée à la situation de crise, mais aussi la peur du virus ont des effets négatifs sur la santé mentale. Nous avons constaté, par exemple, que 3 travailleurs sur 10 sont exposés à un risque de dépression et qu'un sur 10 présente des signes forts de dépression, en particulier les travailleurs âgés et jeunes et les personnes vivant seules.

 

Communiqué par la CSL


Publié le 23 mars 2021