La Commission européenne souhaite réformer le système d'indemnisation du chômage des frontaliers, qui concerne plusieurs millions de personnes en Europe, et plusieurs centaines de milliers au Grand-Duché. L'idée avancée par la Commission est l'imputer la charge financière du chômage au dernier pays d'emploi, et non au pays de résidence. Suite à une nouvelle annonce, le Ministre du Travail a envoyé, la semaine passée, une lettre au président de la Commission européenne.

"Le chapitre portant sur les prestations de chômage revêt une importance cruciale pour le Luxembourg. Depuis l'entame des pourparlers au Conseil sur l'ensemble dudit règlement et même bien avant, le Luxembourg n'a cessé de multiplier les contacts formels et informels à tous les niveaux afin de sensibiliser la Commission européenne, la Présidence du Conseil et les Etats membres quant aux impacts significatifs pour le Luxembourg de tout changement de paradigme relatif à la législation applicable aux prestations de chômage," peut-on lire dans le courrier adressé à Jean-Claude Juncker.

En effet, le marché de l'emploi au Luxembourg est bien particulier : les travailleurs frontaliers représentent environ 43,75% de la population active au Grand-Duché. Un changement de législation et du système de d'indemnisation de ces derniers engendrerait une charge financière substantielle pour le pays, et ce véritable changement de paradigme impacterait une charge administrative supplémentaire et lourde à l'Adem. Cela représenterait un quasi doublement du nombre de chômeurs pour lesquels l'agence pour l'emploi deviendrait compétente.

Dans sa lettre, le Ministre Nicolas Schmit exprime donc ses craintes : "tous les effets nationaux effectués au cours des dernières années pourraient être anéantis, alors que l'agence pour le développement de l'emploi ne serait plus en mesure d'assurer, à court et moyen terme, un service public de qualité". Selon le Ministre, seule une période transitoire, conjuguée à l'exigence d'une durée d'affiliation minimale permettrait au Luxembourg de mettre en place une nouvelle organisation de l'Adem, ainsi qu'une augmentation conséquente de ses ressources afin de la préparer aux défis structurels qu'entrainerait l'adoption d'une nouvelle législation européenne telle que proposée.


Publié le 20 juin 2018