Sophie Henrion, Responsable Marketing & Communication au sein de Protime, revient sur ces derniers mois de confinement et leur impact sur les employeurs et employés, avec la mise en place efficace et nécessaire du télétravail. Elle présente également quelques-uns des outils et approches plébiscités par les DRH durant cette période unique.

« La perception du télétravail a changé : voici la première chose que nous avons remarquée et qui nous a directement sauté aux yeux. Avant le confinement, pour les employeurs, il s’agissait d’une vague possibilité voire même d’un sujet tabou » débute l’experte, avant de poursuivre : « en fait, ils y ont été favorables pour sauver leur activité, le télétravail représentant la seule possibilité pour continuer de vivre, économiquement parlant ». Aujourd’hui, nombreuses sont les études qui montrent que les travailleurs veulent poursuivre dans cette voie, le télétravail devenant une possibilité concrète. Comme l’explique la responsable Marcom, selon une étude récemment parue, 60% des jobs seront télétravaillables à l’horizon 2030, alors que… 90% des collaborateurs y sont déjà favorables. « Suite à cette crise sanitaire, les employeurs ne peuvent plus dire que la mise en place du télétravail est impossible ! » souligne Sophie Henrion.

 

Vers une nouvelle notion de productivité

Cette pratique nouvelle – ou du moins désormais démocratisée à grande échelle – a également rassuré les Directeurs des Ressources Humaines : le télétravail n’est pas une zone d’ombre, et permet souvent aux employés d’être plus efficaces car peu distraits par leurs collègues et organisés selon leur propre réalité familiale avec une répartition du travail sur les plages horaires les plus productives. Le télétravail comprend également son lot de risques, notamment liés à l’isolement potentiel des collaborateurs, qui quittent progressivement la sphère de l’entreprise. « Nous avons tous besoins de contacts sociaux. Au-delà de revoir et d’échanger avec nos collaborateurs, il est bon de retrouver un cadre de travail adapté avec une chaise ergonomique, un double écran, et bien plus encore. Les risques psychosociaux sont bien réels, c’est la raison pour laquelle chez Protime, nous prônons la possibilité de télétravailler : cette pratique est donc un choix offert au collaborateur, plutôt qu’imposé. Durant ces semaines de confinement, les employés ont en quelques sortes appris à se connaitre et à gérer le télétravail : certains y adhèrent, tandis que d’autres non. Puis, quelques-uns préfèrent alterner travail à la maison, et présence au bureau ». Pour l’experte, il existe aujourd’hui une nouvelle notion de productivité, dans laquelle le résultat compte plus que le nombre d’heures nécessaires pour y parvenir, quand il est aujourd’hui possible de s’organiser de la manière qui semble la plus adéquate et adaptée à sa situation personnelle. Le fait de pouvoir s’organiser de manière bien plus flexible constitue alors un avantage certain. Comme l’explique Sophie Henrion, « au travail, je suis visible et je ressens inévitablement une certaine pression lorsqu’il s’agit de rendement, d’efficacité, de productivité tout au long de la journée. Pourtant il est impossible d’assurer le même niveau de productivité tout au long de la journée. Les horaires classiques 9-18 n’ont plus lieu d’être, les employés ont aujourd’hui le droit d’être efficaces, aux horaires qu’ils souhaitent, si leur métier le leur permet ».

Le mise en place rapide du télétravail – et par extension cette crise sanitaire – a paradoxalement permis de mettre en avant les valeurs fondamentales. Si pour certains la réussite au travail est un véritable accomplissement, cette période a tout de même permis un retour à sa juste place, permettant de privilégier sa vie personnelle et sa famille. En plus de cette nouvelle notion de productivité évoquée plus tôt, Sophie Henrion évoque de nouvelles façon de travailler : « cela fait plusieurs années que nous parlons du nouveau monde du travail, de nouveaux environnements, de nouvelles façons de travailler, etc. Aujourd’hui, nous avons pu expérimenter ces notions innovantes, puis les vivre : le salarié peut être efficace, en faisant preuve de flexibilité, sans aucune pression sur ses horaires. Cette période change clairement la donne pour les collaborateurs, et nécessairement pour les entreprises ».

 

Le nouveau paradigme de la gestion du temps

Dans le but d’accompagner les DRH, dirigeants et managers dans ce nouveau « suivi du temps », les experts de Protime n’ont pas ménagé leurs efforts ces derniers mois. « Comment faire pour suivre le télétravail dans la précipitation ? Maintenant que nous avons introduit cette notion de télétravail, qu’est-ce que cela implique au niveau de la paie ? Qu’en est-il de la notion de contrôle ? Cette dernière est plus souvent positive qu’on ne le croit, » précise Sophie Henrion. L’experte RH insiste également sur la nécessité de protéger les collaborateurs dans une telle situation : « il faut s’assurer qu’ils n’en fassent pas trop, que cette charge morale ne soit pas trop importante ».

Au cours des webinaires organisés ces dernières semaines par Protime, les DRH et mangers ont notamment plébiscités les outils de coaching à distance : de telles plateformes collaboratives permettent le suivi des tâches et objectifs, à intervalles réguliers. « Nous tirons également le constat suivant : beaucoup pensaient que la gestion des temps était obsolète, mais se sont rendus compte que ces plateformes ne sont aujourd’hui plus utilisées à des fins de surveillance, bien mais pour assurer une plus grande flexibilité aux collaborateurs. Certaines sociétés ont également fait appel à des consultants experts dans la gestion du changement, afin d’accompagner les managers », ajoute la responsable Marketing & Communication spécialisée dans les problématiques RH.

La société Protime, labélisée Great Place to Work en Belgique depuis maintenant 8 années, a ainsi pu partager son expérience de la gestion de l’humain, en distillant de précieux conseils et bonnes pratiques, comme par exemple l’importance de travailler en mode projet. « Cela retranscrit notre culture d’entreprise, » souligne Sophie Henrion. Aujourd’hui, quelques semaines après la reprise de l’activité au Luxembourg et en Belgique, ses équipes continuent de travailler sur la mise en place d’outils innovants adaptés aux nouveaux environnements de travail digitaux. De telles solutions permettraient alors de savoir combien de fois les collaborateurs ont échangé avec leurs collègues, en présentiel ou par call, dans le but de prévenir contre l’isolement, la dépression et même le burn out. « Quand auparavant la gestion du temps était principalement utilisée pour la paie, elle peut aujourd’hui produire des rapports de bien-être, » explique Sophie Henrion, qui souligne « un véritable changement de paradigme ».

Enfin, selon les experts de Protime, la pointeuse permet d’assurer un retour au bureau en toute sécurité. Dans un monde où le télétravail serait la norme, chaque collaborateur demanderait l’autorisation à son employeur de revenir sur site, à la manière d’une demande formelle de congés, qui serait acceptée ou non par la direction. « Vous badgez pour confirmer votre présence sur place, et en cas de suspicion d’un cas de Covid-19 au sein de votre entreprise, une fonction de traçage peut être assurée afin de veiller à ce que les collaborateurs qui ont croisé un malade n’aient pas contracté le virus, » conclut l’experte.

 

Interview par Alexandre Keilmann


Publié le 10 juin 2020