Cette newsletter vise à analyser dans quelle mesure les salariés du Luxembourg sont concernés par la frustration de trois besoins psychologiques fondamentaux au travail, à savoir les besoins d’autonomie, de compétence et d’affiliation sociale. Il apparaît que c’est le manque d’autonomie qui frustre le plus les salariés. Certaines conditions de travail, comme un manque de participation, ou un faible niveau de bien-être, sont également fortement corrélés à la frustration. Si l’on compare les différents groupes de salariés, on voit que les femmes présentent un niveau de frustration plus élevé que les hommes en ce qui concerne le besoin d’affiliation et de compétence. En revanche, les directeurs, cadres de direction et gérants rapportent un niveau de frustration du sentiment d’affiliation moindre que les autres salariés. Les salariés travaillant dans des ONG présentent le niveau de frustration le plus faible quant au besoin d’autonomie.

Besoins psychologiques fondamentaux

Il est important pour les salariés de pouvoir satisfaire leurs besoins fondamentaux. La théorie de l’auto-détermination (Deci & Ryan, 2000) postule l’existence de trois besoins psychologiques de base étant essentiels dans la motivation et le bien-être des gens : le besoin d’autonomie, le besoin de compétence et le besoin d’affiliation sociale. L’autonomie fait référence au besoin de liberté, d’auto-détermination, au fait de disposer de marges de manœuvre, de pouvoir mener sa vie sans être soumis à un contrôle externe (Ryan, 1995). La compétence fait référence au besoin d’utiliser ses capacités, de faire ses preuves, de maîtriser son environnement, de surmonter des difficultés grâce à ses capacités et de recevoir des feedbacks positifs (Ryan, 1995 ; White, 1959). Le sentiment d’affiliation sociale fait référence au fait de se sentir connecté et lié aux autres, d’avoir le sentiment d’appartenir à un groupe, de se sentir soutenu et d’avoir des relations significatives avec les autres (Baumeister & Leary, 1995).

Des environnements de travail où le contrôle et les critiques sont importants, voire hostiles, peuvent frustrer ces besoins fondamentaux et conduire à des comportements passifs, à faire baisser le niveau de bien-être et la motivation (Deci et al., 2017 ; Vansteenkiste & Ryan, 2013).

Cette newsletter vise à analyser dans quelle mesure certaines conditions de travail et certains aspects du bien-être sont corrélés à la frustration de ces besoins fondamentaux. Cette newsletter s’attache également à préciser quels sont les groupes spécifiques de salariés étant particulièrement concernés par la frustration de ces besoins fondamentaux au Luxembourg. Pour cela, cette newsletter s’appuie sur les données de l’enquête Quality of Work (QoW ; enquête 2019 ; Sischka & Steffgen, 2020a), une enquête représentative réalisée auprès des salariés du Luxembourg (pour plus de détails, voir encadré : Méthode).

 

Frustration et conditions de travail

Figure 1 montre dans quelle mesure certaines conditions de travail entraînent une frustration des besoins fondamentaux. On constate que la frustration est corrélée de façon négative avec la participation, le feedback, l’autonomie, la coopération, et de façon positive avec la concurrence, le harcèlement moral (voir également Sischka & Steffgen, 2019), la charge mentale, les contraintes de temps, la charge émotionnelle, les contraintes physiques et le risque d’accident. Cela signifie que plus les salariés participent, plus la frustration diminue (corrélation négative). Par ailleurs, la frustration est corrélée négativement avec la satisfaction vis-à-vis du salaire, la sécurité de l’emploi, les possibilités de promotion et de formation, mais positivement avec la difficulté à changer d’emploi et les conflits entre vie familiale et vie professionnelle. On note également que la plupart des conditions de travail sont plus fortement associées à la frustration du besoin d’autonomie. Seuls les aspects de coopération et de concurrence présentent une corrélation plus élevée avec la frustration du besoin d’affiliation. C’est le harcèlement qui présente les corrélations les plus importantes avec la frustration des trois besoins fondamentaux.

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Publié le 10 juillet 2020