Par James Purcell, Group Head of Sustainable Investment, Quintet Private Bank.

La durabilité est sans conteste à la mode. Un montant record de 60 milliards d'euros a été investi dans des investissements durables au cours du deuxième trimestre 2020. L'Union européenne s'efforce maintenant d'inscrire dans la loi la neutralité climatique d'ici 2050 pour tous ses États membres, et le candidat à la présidence américaine Joe Biden a dévoilé un plan ambitieux de plusieurs milliers de milliards de dollars pour lutter contre le changement climatique. Et, en parlant de mode, le marché mondial de l'habillement éthique devrait être évalué à plus de 8 milliards d'euros à l’horizon 2023.

En tant que gestionnaire d'investissements durables, je suis très heureux d'observer de telles tendances. Mais une chose me préoccupe suite à cette adhésion mondiale : avons-nous les compétences nécessaires pour donner vie à ces grandes idées ?

Les entreprises qui cherchent à améliorer leurs compétences en matière de durabilité sont légion. Une recherche rapide sur LinkedIn trouve 68 000 emplois sous la rubrique « durabilité ». Bien qu’il y ait trois fois plus d’offres dans le secteur bancaire, c’est tout de même 7 000 de plus que dans le secteur pétrolier.

Si la durabilité n’était pas tant à la mode, la plupart de ces emplois n’existeraient même pas. Quelque 11 millions de personnes dans le monde travaillent aujourd’hui dans le secteur des énergies renouvelables. Tesla, l’actuelle coqueluche du Nasdaq, emploie désormais plus de 50 000 collaborateurs.

On observe également une recrudescence des emplois « socialement responsables », notamment des rôles tels que conseiller sur le lieu de travail, responsable bonne humeur ou même expert en intimité à Hollywood. #MeToo et #BlackLivesMatter ne sont pas seulement des mouvements extrêmement puissants qui cherchent à sensibiliser les gens et à créer des véritables changements sociétaux ; ils génèrent aussi des parcours professionnels de plus en plus lucratifs.

Mais où sont les compétences nécessaires pour assumer tous ces nouveaux rôles ?

La plupart des dirigeants actuels ont obtenu leur diplôme il y a 20 ou 30 ans, à une époque où ExxonMobil était la plus grande entreprise du monde par sa capitalisation boursière. Étant donné que les universités les plus cotées comme Oxford, Cambridge ou Harvard n’ont introduit des programmes de développement durable que récemment, il existe forcément un important déficit de compétences liées à cette thématique dans le monde du travail, notamment dans les fonctions de direction.

Les étudiants qui entrent à l’université cette année (en étudiant via Zoom ou avec un masque) seront plus nombreux que jamais à poursuivre des études en durabilité. Toutefois, pour combler le déficit actuel, les employés plus « traditionnels » doivent se mettre au vert et se tourner vers des postes en lien avec la durabilité.

C’est un domaine dans lequel j’ai une certaine expérience : j'ai laissé derrière moi une carrière dans la recherche sur les fonds spéculatifs, le capital-investissement et les produits dérivés - souvent considérés comme l'antithèse de la durabilité – pour me concentrer sur l'investissement durable. J'ai effectué ce virage professionnel parce que je voulais trouver un plus grand sens à mon travail, parce que le risque de changer de voie serait sans doute récompensé en fin de compte et, surtout, parce que mes responsables m'ont soutenu.

Ces derniers temps, j’ai reçu un grand nombre de CV avec de profils intéressants ayant une grande pratique des services financiers – mais généralement peu d’expérience directe dans la durabilité. Ceux qui se démarquent ont tendance à avoir fait du développement durable une profession de foi personnelle, en suivant de leur propre initiative des formations sur les sujets liés à la durabilité.

Je trouve cet engagement admirable. Nous devons aider ceux qui n’ont pas de formation ou d’expérience spécialisée en rendant les formations de ce type beaucoup plus accessibles. Ces formations devraient être relativement courtes et être pensées, puis dispensées par des professionnels.

La durabilité étant très en vogue mais présentant un important déficit de compétences, les chefs d’entreprise et les candidats peuvent apporter leur pierre à l’édifice en combinant leur expérience unique de l'industrie à des formations pertinentes. Comme l’a dit un jour la légende de la mode Coco Chanel : « Pour être irremplaçable, il faut être différent ».


Publié le 06 octobre 2020