Dans cette série « regards croisés », Valentine Kunnas, HR Advisor au sein de Talantlers mène une série d’entretiens avec les membres de la communauté d’experts qui gravitent autour du cabinet, sur des questions d’actualité et de fond. En parallèle, Romain Tisné, Associé du cabinet partage les constats de son équipe sur ces sujets. Aujourd’hui, Valentine reçoit Samia Hedeili et Magali Netrval, de l’association Dyspraxie.lu que l’équipe accompagne dans la digitalisation de ses formations.

Romain, pourquoi avez-vous souhaité partager ce moment avec Samia et Magali ?

RT : Dans l’ADN de TALANTLERS, nous avons toujours voulu garder du temps pour des actions RSE. Nous participons à des formations sur l’employabilité pour des personnes en recherche, nous donnons du temps à la chambre de commerce dans le cadre des programmes d’accompagnement de PME en difficulté et plus généralement nous nous rendons disponibles pour différentes initiatives bénévoles qui visent à faire progresser les grands sujets dans lesquels nous croyons. Au hasard du parcours de nos vies, nous sommes entrés en relation avec l’équipe de Dyspraxie.lu et avons été particulièrement touchés par les messages que Samia et Magali nous ont fait passer. L’association a accompli de nombreuses choses en formant notamment les professeurs et enseignants aux outils dédiés à certains enfants. Le COVID a mis un coup d’arrêt à ces formations alors même que nous avons acquis une expertise en digitalisation de contenu – il semblait normal de les aider. C’est de là qu’est partie notre relation…Depuis, ils font partie de notre communauté et ont donc toute leur place dans cette initiative.

 

Samia, merci davoir répondu à cette invitation. Pourriez-vous nous présenter Dyspraxie.lu en quelques mots ?

SH : Dyspraxie.lu est une asbl créée en 2016 à la suite du forum organisé par la Grande Duchesse Maria Teresa sur les troubles des apprentissages qui a eu lieu en janvier 2016. Elle a pour objectif de présenter les activités et les ressources à destination des enfants en situation d’handicap et plus particulièrement atteints de dyspraxie (Trouble Développemental de la Coordination) en classe. Une des ressources que l’association sensibilise auprès des enseignants au Luxembourg est l’IPad avec ses applications et son environnement adaptés. 

L’association a été créée par trois membres fondateurs dont moi-même, mère d’un enfant dyspraxique et tdha. Magali, mère d’un enfant dyspraxique et Haut potentiel, a rejoint l’association en tant que bénévole volontaire très rapidement.

 

Vous avez réussi à mettre en place des actions pour accompagner les enfants DYS pendant leur parcours scolaire – racontez-nous.

MN : En novembre 2017, l’association a commencé à sensibiliser un petit groupe de 10  parents et enfants au Luxembourg en invitant l’asbl Cœur à Corps pour les former. Un an plus tard en 2018 les écoles européennes nous ont ouvert les portes pour former les enseignants et assister certains enfants  dans la prise en main de l’outil iPad. Depuis 2018, l’association n‘a cessé de former les enseignants du Grand-Duché (dans le public et le privé) et de sensibiliser les acteurs de l’enseignement tels que le SNE, le Script, la Médiation Scolaire, la CAR (Commission des Aménagements Raisonnables) et le CDA (Centre du Développement des Apprentissages) à la question de l’accès à l’outil informatique et plus particulièrement l’iPad des enfants Dys en classe. L’objectif est toujours le même : faire connaitre les troubles DYS et l’outil de compensation iPad auprès des enseignants en classe afin d’équiper rapidement les enfants concernés. Aujourd’hui, le CDA cautionne l’iPad comme outil de compensation pour les DYS en déployant des iPads pour les enfants qui en ont besoin – une vrai victoire pour l’association.

 

En quoi la formation est-elle un des principaux piliers de votre démarche et à qui s’adresse-t-elle?

MN : La formation s’adresse en premier lieu aux enseignants du Luxembourg pour expliquer comment et  pourquoi l’iPad peut éviter la double tâche cognitive d‘un enfant DYS en classe. Même si l’outil sera utilisé « in Fine » par l’enfant, cette prise en main par l’enseignant permettra de comprendre la double tâche cognitive, le handicap cognitif et une réflexion pédagogique sur les apprentissages scolaires. La formation des enseignants répondra à la question: pour une même compétence pédagogique, comment l’enfant DYS peut-il contourner son handicap avec son iPad? 

RT : Pour avoir travaillé sur les programmes de formation de l’association – j’ai pu constater que c’est un travail de titans. Comme pour toutes les initiatives, la digitalisation va devoir passer par là et nous sommes ravis d’y contribuer mais je pense que les enseignants comme les professionnels RH, ont un réel intérêt à entrer dans une démarche de sensibilisation sur ses troubles et leurs effets. De nombreux contenus existent et permettront certainement à chacun d’y voir un peu plus clair et peut-être même, d’aider une personne de son entourage qui serait concernée...

 

Quels sont les enjeux et où en êtes-vous dans leur accompagnement pendant leur vie professionnelle?

SH : Le principal enjeux à ce stade : éviter l’échec scolaire. Nous savons de sources fiables que 1 à 2 % d’enfants  concernés par un trouble d’apprentissage sévère sont impactés dans leur vie scolaire et quotidienne. En cas de suspicion, nous pensons que l‘enseignant qui dispose d’iPads à l’école pourra mettre très rapidement en place les aménagements nécessaires dans  l’intérêt  de l’enfant.  Plus vite l’outil sera mis en place, plus vite l’enfant dys continuera de suivre une scolarité à la hauteur de son potentiel intellectuel.

La question de l’accompagnement professionnel est très prématurée à notre niveau étant donné notre date de création au Grand-Duché. Toutefois nous savons par les exemples européens et plus particulièrement français et belges, que les enfants dys équipés en outils informatiques ont pu suivre une scolarité dite « normale ». Nous savons par exemple que les solutions du Cartable Fantastique (association Française qui a développé un Add-in sous Windows pour compenser les difficultés d’apprentissage des élèves dyspraxiques) était au départ le cartable de Manon, dyspraxique,  qui a commencé à travailler sur ordinateur en 2009 et qui a obtenu son Baccalauréat scientifique en 2020. Nous savons également que de nombreux enfants suivis par l’asbl Cœur à Corps en Belgique sont désormais en école secondaire avec leur iPad. Dans tous les cas, c’est promis, nous reviendrons vers vous d‘ici 10 ans avec des nouvelles. 

RT : Ici, je mesure à quel point les efforts faits par l’association ont permis d’avancer au niveau scolaire. Ayant moi-même une compagne dans l’enseignement qui est désormais équipée face à ces challenges chez ses élèves, je mesure à quel point l’action est importante et le chemin reste long. Ma question plus personnelle, étant en contact quotidien avec des RH ou des Managers de proximité, est déjà dans l’après. Une fois que ces jeunes enfants courageux auront eu leur baccalauréat, comment nous autres, entreprises, allons pouvoir les intégrer dans les meilleures conditions : sur quelles fonctions, avec quels systèmes, … Ces questions restent entières alors qu’on peut faire l’hypothèse que si 2% des enfants sont concernés, des adultes non détectés peuvent être en souffrance dans des environnement inadaptés et en surcompensation sans oser en faire part à leur Direction. Je pense que sur ces sujets, la profession RH pourrait avoir une action à lancer sans attendre 10 ans…

 

Merci à tous les trois pour cet échange. Pour échanger avec l’association ou un de nos accompagnants sur ces sujets, n’hésitez pas à me contacter via myhrmanager@talantlers.com.

À très bientôt pour une nouvelle rencontre !


Publié le 08 juin 2021