A l'occasion du dernier petit déjeuner HR One de l'année 2017 organisé le 5 décembre 2017 chez Namur, Séverine Jones, Soft Skills Senior Trainer & Consultant chez Keyjob Luxembourg, est revenue sur une notion importante dans la transformation des métiers des ressources humaines : les soft skills. Retour sur son intervention.

Par définition, les soft skills sont ces compétences transversales que possède un individu de manière plus ou moins consciente, et qui l'aident à se développer durablement au sein de son environnement

D'un point de vue scientifique, les soft skills se situent dans la partie droite du cerveau, réservée aux compétences intuitives, tandis que la partie gauche concentre les fonctions analytiques. Ces compétences dites "douces" relèvent plus de la personnalité, de par les qualités acquises depuis l'enfance mais aussi les compétences comportementales acquises par l'expérience et l'éducation. Cela concerne alors un panel important de compétences, allant de l'empathie à la maîtrise d'outils informatiques.

Ainsi, afin de les répertorier, Séverine Jones nous propose de les découper en quatre différentes parties : la connaissance de soi, la relation avec les autres, l'action et la dimension cognitive, qui concerne des soft skills comme l'ouverture d'esprit ou la créativité.   

 

Les soft skills au sein des compétences de demain

Partant du constat que la société évolue ainsi que le monde du travail, de par la digitalisation des tâches ou encore l'accès à l'information de manière instantanée, Séverine Jones distingue les compétences nécessaires à l'heure du XXIème siècle de celles nécessaires il y a encore quelques dizaines d'années. En effet, dans le milieu professionnel, alors que les années 1970 et 1980 faisaient largement appel aux compétences dites routinières, les vingt dernières années ont vu un net changement s'opérer, avec une sollicitation toujours croissante des compétences d'interaction et d'analyse.

Ces phénomènes fondamentaux transforment ainsi nos modes de vie, de travail et d'organisation, ainsi que notre capacité à demeurer performant au niveau global. Séverine Jones souligne ici le rôle de l'OCDE dans la mise en place d'une réflexion internationale sur ces nouvelles compétences, en tant qu'assemblée consultative.

La classification la plus récente adoptée par l'OCDE fait état de douze compétences essentielles, réparties en trois groupes :

Les compétences cognitives : critical thinking, créativité, coopération, communication : les "4c" Les compétences littéraires s'adaptant à l'afflux d'information à travers les différents médias et nouvelles technologies Les compétences liées au quotidien du travail

Parmi ces douze compétences essentielles, Séverine Jones explique que huit d'entre elles, voire plus, peuvent être considérées comme des soft skills et que ce seront grâce à ces compétences douces que l'individu s'intégrera mieux à un monde digitalisé, avec des organisations plus transversales, centré sur le secteur des services.

Selon Séverine Jones, les soft skills complètent les savoir-faire techniques et permettent de s'adapter au changement, d'améliorer la performance des individus sur des tâches variées et transversales mais également de mieux gérer les ressources humaines. De plus, l'utilisation consciente des soft skills enrichit le lien qui peut exister entre ces personnes.

Et surtout, comme elle le souligne, les soft skills ne périment pas : parier sur l’embauche d’un candidat empathique ou instinctif est un bon investissement sur le long terme pour un recruteur. Alors que la maîtrise d'un logiciel demande à prévoir des mises à jour régulières, qui ne sont pas gratuites pour l’entreprise.

 

Développer et accompagner les soft skills

Là où la formation traditionnelle permet l'acquisition de hard skills et l'interaction entre individus offre une opportunité de partager sur les compétences, le développement des soft skills provoque un changement dans la formation, à mesure où ces skills se développent à 70% "on the job" à travers les divers expériences et pratiques.

Néanmoins, comme le rappelle Séverine Jones, développer les soft skills "on the job" grâce aux expériences et la pratique demande des compétences de base comme la motivation, l'autonomie ou la curiosité. Tout comme le développement via l'apprentissage informel (20%) et via la formation traditionnelle (10%) nécessite de l'ouverture aux échanges et de l'animation.

Le développement des soft skills doit aujourd'hui tenir compte des contraintes, des besoins et des préférences de chacun. Cet "adaptive learning" permet d'apprendre à son rythme et à sa manière et rend l'apprentissage accessible et fluide, grâce aux principes d'ergonomie de la formation et de gammification.

Néanmoins, comme le constate Séverine Jones, alors que le digital a permis progressivement de faire chuter à un coût proche de zéro la transmission de l’information, force est de constater que le marché a investi relativement peu de moyens sur les leviers d’assimilation de la connaissance.

Les défis d'aujourd'hui sont donc de savoir identifier les soft skills nécessaires à l'entreprise de manière plus exacte et d'être plus dans l'accompagnement en rendant les salariés acteurs de leur développement. Ainsi, comme conclut Séverine Jones, "ce n’est plus l’expertise technique du formateur qui prédomine. Le formateur anime, est au cœur de la communauté des apprenants, en tant que garant de l’expertise du groupe". Il faut ainsi miser sur l'apprentissage collaboratif et l'accompagnement des personnes.

 

 

Benjamin Garnier

 


Publié le 12 décembre 2017