En Europe, on recense plus de 3,2 millions d’accidents du travail (7 200 au Luxembourg) et près de 4000 morts par an, dont 10 au Luxembourg. Aux Etats-Unis, on évalue le coût du stress à plus de 130 milliards de dollars, 120 000 décès y seraient liés en 2017. Et que dire de la Chine, où la surcharge de travail pourrait tuer un million de travailleurs par an ?

Jeffrey Pfeffer, un professeur renommé de Stanford fait la une dans un ouvrage sorti ce 20 mars, Dying for a paycheck. Un ton provocateur assumé et des exemples pléthoriques qui sonnent comme un avertissement, afin de mettre l’environnement de travail sur le même plan que l’environnement tout court : au sommet de nos préoccupations.

Pfeffer est un expert du comportement organisationnel, une discipline souvent considérée comme l’apanage de managers polymathes, rompus au management, à la psychologie et à la sociologie entre autres, mais surtout qui excellent dans la gestion contextuelle du collectif. En clair, des DRH people-first capables de piloter sans casse des organisations dans un environnement mouvant voire mutant, ce qui caractérise parfaitement notre époque faite de concurrence exacerbée et de transformation digitale accélérée.

L’homme a toujours été un bon client des médias dès qu’il s’agit de disséquer les comportements, les décisions ou même la gestuelle de Donald Trump et de Steve Jobs. Il est aussi un des défenseurs de l’evidence-based management dont nous vous parlions récemment. Mais ici, l’auteur s’appuie davantage sur un ensemble de datas très fourni - quoique datant parfois quelque peu.

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Derrière l’appel à se saisir du dossier, on retrouve des bonnes pratiques et du liant avec les problématiques classiques des RH, sur l’attraction et la rétention des talents, la réduction de l’absentéisme, des risques psycho-sociaux voire légaux (class action), et l’amélioration de la performance. La veille de la remise des prix par l'Institut Great Place to Work au Luxembourg ce jeudi  il est bon de rappeler que les bonnes workplaces affichent généralement un performance boursière double du marché. Un argument supplémentaire, et parfois décisif. 

Si le Luxembourg semble loin du portrait plutôt sombre dressé par l’auteur - qui recommande d’ailleurs de s’inspirer globalement des européens - il nous reste des sujets brûlants.Si le Quality of work index de la Chambre des salariés est en hausse, on observe une détérioration générale sur les aspects liés à l’autonomie au travail et le risque de burnout aurait doublé en trois ans et concernerait aujourd'hui... 40% des employés.


Publié le 21 mars 2018